Tu lui diras que nous lui présentons bien nos respects et nos amitiés.
BLAISE
Je n'y manquerai point, papa.»
Et Blaise, prenant du papier, une plume et de l'encre, fit à Jacques la réponse suivante:
«Mon cher Monsieur Jacques,
«J'ai été bien heureux et bien surpris de votre chère et aimable lettre. Je vous remercie de ne pas m'oublier; moi aussi, j'ai bien pensé à vous, et j'ai plus d'une fois pleuré en y songeant. Je me suis consolé par la pensée que c'était la volonté du bon Dieu que nous fussions séparés, et que c'est le sacrifice qu'il me demande pour ma première communion. Merci, mon bon Monsieur Jacques, de votre bonne pensée de prier pour moi en ce saint et heureux jour. Demandez à Notre-Seigneur de me rendre semblable à lui, de me donner du courage dans les temps de tristesse, de la force pour résister à la joie, afin que je n'oublie pas que je ne suis dans ce monde qu'en passant, et que ma vraie vie ne commencera que lorsque je ne pourrai plus mourir. Priez, mon bon monsieur Jacques, pour que je n'oublie jamais aucun de mes devoirs et que je m'oublie toujours pour me dévouer aux autres; priez pour que je ne conserve aucun souvenir du mal qu'on me fait, et que je n'oublie jamais les bienfaits que je reçois. On a trompé votre papa en lui disant que le comte de Trénilly était méchant; il est bon comme le meilleur des hommes; je l'aime comme s'il était mon père. Son fils, M. Jules, est excellent aussi, ainsi que sa fille, Mlle Hélène. M. Jules et moi, nous ferons notre première communion dans trois semaines, le 8 septembre, fête de la sainte Vierge. M. le comte et Mlle Hélène nous ont promis de communier avec nous ce jour-là, ce qui vous prouve combien ils sont réellement bons et pieux. Je suis très heureux, mon bon Monsieur Jacques, heureux de tout ce que le bon Dieu veut bien m'envoyer, des peines comme de la joie. Papa et maman vous remercient bien de votre bon souvenir, et vous présentent leurs respects et leurs amitiés. Quant à moi, Monsieur Jacques, je sais bien que ma position me défend de vous embrasser, mais je puis me permettre de vous assurer que je vous aime de l'affection la plus tendre et la plus dévouée.
«Votre humble et obéissant serviteur,
«BLAISE ANFRY.»
A peine Blaise avait-il fini et lu tout haut sa lettre, qu'un domestique entra chez Anfry.
«Mme la comtesse demande Blaise.