Blaise ne répondit qu'en se serrant contre la poitrine du comte et en donnant un libre cours à ses sanglots.

«Blaise, mon enfant, pourquoi ces larmes, ces sanglots? lui dit le comte avec inquiétude. Que t'arrive-t-il de fâcheux? Dis-le moi; parle sans crainte.

—Pardon, Monsieur le comte, mon bon Monsieur le comte, répondit Blaise en retenant ses sanglots. C'est que je ne m'attendais pas... j'ai été pris par surprise... et je me suis laissé aller;... mais je vais tâcher d'être plus raisonnable,... plus résigné.

—Résigné! à quoi donc, mon cher enfant? De quoi parles-tu?

—Mme la comtesse m'a défendu de voir M. Jules et Mlle Hélène, et j'ai promis de lui obéir. Vous voyez que j'ai de quoi pleurer et m'affliger.

—Encore! dit le comte avec colère. Toujours cette haine contre ce noble et généreux enfant!»

Le comte resta quelque temps immobile et pensif, tenant toujours Blaise de ses deux mains.

«Mon cher enfant, dit-il enfin avec tristesse, je ne sais quel parti prendre pour épargner à toi et à Jules ce nouveau chagrin. Je ne puis forcer la volonté de ma femme; je ne puis conseiller à mes enfants de désobéir à leur mère. Et pourtant c'est cruel de devoir les sacrifier, ainsi que toi, à cette volonté impérieuse et déraisonnable.

—Cher Monsieur le comte, soumettons-nous à ce qui nous vient par la permission du bon Dieu. C'est bien, bien pénible, il est vrai; je sais que c'est triste pour vous et pour M. Jules presque autant que pour moi-même, car vous m'aimez, je le sens dans mon coeur. Mais, mon cher Monsieur le comte, savons-nous le temps que durera cette séparation? Peut-être le bon Dieu touchera-t-il le coeur de Mme la comtesse. Aidez-moi, aidez M. Jules et Mlle Hélène à lui obéir: notre soumission l'adoucira et changera ses idées à mon égard. Pensez donc qu'elle me croit faux, hypocrite, intrigant; elle craint peut-être que je ne corrompe M. Jules et Mlle Hélène; une mère, vous savez, Monsieur le comte, c'est toujours si craintif, si inquiet! elle est plus à plaindre qu'à blâmer, je vous assure. Ainsi, Monsieur le comte, promettez-moi que vous m'aiderez à tenir ma promesse, et que vous n'amènerez plus M. Jules et Mlle Hélène sans le consentement de Mme la comtesse... Voyons, très cher Monsieur le comte, du courage! Je vois bien qu'il vous en coûte, d'abord par amitié pour M. Jules et pour moi; et puis... parce qu'il en coûte toujours de céder, surtout à une femme... Mais c'est pour votre repos, pour votre bonheur, cher Monsieur le comte. Croyez-moi, nous serons plus heureux en cédant qu'en résistant.

—Mon brave Blaise, dit le comte, c'est toujours de toi que viennent les sages avis et le bien. Je crois que tu as raison;... céder, c'est mieux... Mais toi, toi, pauvre enfant, qui ne penses jamais à toi-même, tu souffriras.