En quoi Blaise est-il cause de nos sottes mines?
—En quoi? vous demandez en quoi! s'écria la comtesse avec chaleur. N'est-ce pas depuis que je lui ai défendu de venir au château que vous êtes tous trois comme des âmes en peine?
—Ou des ânes en plaine, comme le disait une dame de votre connaissance, interrompit le comte en riant.
LA COMTESSE
Laissez-moi parler; vos interruptions ne m'empêcheront pas de dire que Blaise est un sot, qu'il vous a rendus tous aussi sots que lui, et que je vois très bien que vous prenez aujourd'hui des airs de martyrs, parce que ce petit bonhomme a été se plaindre à vous de la défense que je lui ai faite de voir mes enfants, défense que je maintiendrai et que je saurai faire respecter.
—Vous n'y aurez pas grand'peine, Julie, répondit le comte avec calme, car Hélène et Jules sont très décidés...
—A me désobéir sous votre protection? interrompit la comtesse avec vivacité.
—A vous obéir, répondit le comte avec froideur, et à aider Blaise, par leur obéissance, à exécuter vos ordres, qu'il respecte, et dont il m'a donné connaissance, comme c'était son devoir de le faire. Il n'a porté aucune plainte contre vous; il a pleuré parce qu'il souffrait, mais sans aucun sentiment amer contre vous, qui causiez sa souffrance.»
La comtesse se troubla et rougit; elle passa dans la salle à manger. Le dîner fut silencieux; la comtesse chercha plusieurs fois à engager la conversation; elle fut aimable et prévenante, contrairement à son habitude, cherchant à égayer Hélène et Jules, et à dérider son mari.
«Vous avez repris votre air terrible, mon ami, dit-elle à son mari en rentrant au salon; vous l'aviez perdu à mon retour; j'espère que vous ne le garderez pas; vous me faites peur, ce soir.