Et le comte, se levant, prit une bouteille de madère, la déboucha lui-même et en versa un verre à Anfry et à Mme Anfry; après en avoir offert à sa femme et en avoir versé un peu à chacun des enfants, il emplit son verre, et, le portant à ses lèvres:

«A la santé de Blaise et de Jules! s'écria-t-il.

—A la santé de M. le comte! s'écria Anfry, se levant à son tour.

—A la santé d'Anfry et de Mme Anfry! s'écria Jules.

—A la santé de M. le curé! dit Blaise en dernier.

—Bien dit, mon garçon, dit le comte. Buvons à la santé du bon curé, auquel nous devons tous une grande reconnaissance. Allons, Anfry, vous voilà plus à l'aise, maintenant; mettez-vous-y tout à fait, et continuons notre dîner sagement et comme des gens qui conservent dans leur coeur le souvenir des premières heures de la matinée.»

Le repas continua gai, mais calme; les enfants parlèrent beaucoup de leurs impressions avant et après la sainte communion. La comtesse et le comte les écoutaient avec bonheur; il y avait dans les sentiments développés par les enfants un saint et heureux avenir.

Anfry et sa femme mangeaient sans parler; ils écoutaient à peine, tant ils étaient impressionnés de l'excellence des mets et de la bonté des vins; ils mangeaient et reprenaient de tout; leur embarras était entièrement dissipé, ils se sentaient heureux et honorés. Mme Anfry ruminait dans sa tête la position honorable qu'allait lui faire dans le pays ce repas donné par elle, chez elle, à ses maîtres. Dans son extase intérieure, elle se figurait avoir régalé le comte et la comtesse, et pensait que l'honneur qui lui en revenait n'était qu'un juste payement de la peine que lui avait donnée l'organisation du repas.

Le dîner fini, le comte et la comtesse allèrent s'asseoir sur un banc devant la maison, après avoir donné ordre à leurs gens de laisser aux Anfry tout ce qui restait des mets et des vins divers, ce qui redoubla la joie et la reconnaissance de Mme Anfry.

Les enfants examinèrent avec intérêt la bibliothèque que le comte avait donnée à Blaise, en tête de laquelle figure avec honneur un superbe volume de l'Imitation de Jésus-Christ, donné par Hélène. Après avoir lu le titre de tous les ouvrages, au nombre de cent, Jules dit à Blaise: