JULES
Laisse donc! quelle sottise! Crois-tu que papa et maman me tiennent en laisse comme un chien de chasse? Je veux aller avec toi, et j'irai.»
Blaise, ne pouvant empêcher Jules de l'accompagner, se décida à le laisser venir, et ils partirent ensemble, Jules enchanté de sortir du jardin, qui l'ennuyait, et Blaise ennuyé d'avoir Jules pour compagnon.
La lune commençait à se lever et à éclairer le sentier. Les fours étaient tous allumés; Jules eut peur d'abord; mais les explications de Blaise le rassurèrent; il ne se lassait pas de regarder les fours et les hommes travaillant à entretenir le feu. Ils arrivèrent ainsi au moulin. Blaise voulut ouvrir la grille pour traverser la cour, comme il en avait l'habitude; deux énormes dogues accoururent en aboyant dès qu'il mit la main sur la grille; ils montraient deux rangées de dents formidables. Jules eut peur; Blaise appela, personne ne répondit; il passa la main dans les barreaux de la grille pour les flatter et obtenir passage; les chiens s'élancèrent sur la grille et cherchèrent à mordre la main, que Blaise retira promptement.
Comment revenir sans passer par le même chemin? Il y en avait bien un autre, mais Blaise n'aimait pas à le prendre, parce qu'il longeait le cimetière du village; le grand-père, la grand'mère de Blaise y étaient enterrés, et, quand il passait devant leur tombe, il avait du chagrin.
BLAISE
Il faut que nous revenions sur nos pas, Monsieur Jules; les chiens gardent le passage; ils nous dévoreraient si nous entrions dans la cour.
JULES
C'est ennuyeux de revenir par le même chemin; je voudrais passer près des fours à chaux.
BLAISE