Avec toi je n'aurai pas peur; marche en avant.
BLAISE
Marchons un peu lestement pour être plus tôt arrivés.»
Ils prirent le chemin du cimetière, situé derrière le moulin. Ils marchaient et approchaient rapidement. Les yeux fixés sur le mur et sur la porte du cimetière, Jules sentait battre son coeur; ses grands yeux ouverts ne quittaient pas le mur blanc, lorsqu'il s'arrêta et poussa un cri de terreur; sa main s'allongea involontairement vers le cimetière et désigna l'objet qui le terrifiait.
Blaise regarda Jules avec surprise, suivit la direction de la main, vit une grande forme blanche, un fantôme qui s'élevait lentement au-dessus du mur, et qui resta immobile quand sa tête et le haut de son corps eurent dépassé le mur. Jules cria; le fantôme tourna vers lui des yeux flamboyants. Jules tremblait de tous ses membres; Blaise n'était pas trop rassuré et restait immobile comme le fantôme; il rassembla enfin tout son courage et fit le signe de la croix. Le fantôme ne bougea pas.
«Ce n'est pas un méchant fantôme, Monsieur Jules, car s'il avait été un mauvais esprit, le signe de la croix l'aurait fait fuir. En tout cas, je vais lui jeter une pierre.»
Et Blaise, se baissant, ramassa une grosse pierre aiguë et la lança de toute sa force et avec une grande adresse à la tête du fantôme, qui poussa une espèce de hurlement effroyable et vint tomber au pied du mur, en dehors du cimetière; il se roula par terre en continuant ses cris. Blaise crut reconnaître des miaulements de chat, et voulut courir à lui pour s'en assurer; mais Jules, pâle et tremblant, le tenait par sa blouse et l'empêchait d'avancer.
BLAISE
Lâchez-moi donc, Monsieur Jules, laissez-moi aller voir.
JULES