Pendant plusieurs jours, elle fut inconsolable; le temps agit enfin sur son chagrin comme il agit sur tout: il l'usa et le diminua insensiblement. Mme Renou et Hélène allèrent tous les jours et plusieurs fois par jour lui donner des consolations, adoucir sa douleur et pourvoir à ses besoins et à ceux de sa famille. Hélène s'occupait des enfants, les peignait, les lavait; elle rangeait les vêtements épars, mettait de l'ordre dans le ménage, pendant que Mme Renou causait avec Marie et cherchait à lui donner la résignation d'une pieuse chrétienne soumise aux volontés de Dieu.
Jules profitait des absences plus fréquentes d'Hélène pour multiplier ses sottises, dont le pauvre Blaise était toujours l'innocente victime, comme on va le voir dans les chapitres suivants.
VI
VENGEANCE D'UN ELEPHANT
«Broum, broum, broum. Voyez, Messieurs, Mesdames, l'animal le plus grand de tous les animaux créés par le bon Dieu, et, malgré sa grande taille, le plus doux, le plus obéissant. Venez, Messieurs, Mesdames, admirer cet animal et son savoir-faire; deux sous par tête, deux sous.»
L'homme qui parlait ainsi était entré dans la cour du château avec son éléphant, un des plus gros de son espèce et, comme le disait son maître, un des plus doux. En un instant une douzaine de têtes se firent voir aux fenêtres, entre autres celle de Jules; il accourut aussitôt pour voir l'animal de plus près; Hélène et sa mère le suivirent bientôt, ainsi que tous les domestiques. Quand il y eut dans la cour assez de monde pour donner une représentation du savoir-faire de l'éléphant, le maître passa une sébile devant toutes les personnes présentes, et chacun y déposa son offrande. La sébile se trouvant suffisamment remplie, le maître fit déployer à l'éléphant tous ses talents. Il lui fit lancer une énorme boule et la recevoir au bout de sa trompe; il lui fit saluer la compagnie; déboucher une bouteille de vin, en verser un verre plein, l'avaler sans en répandre une goutte, en verser un second verre et y tremper une tranche de pain qu'il avala comme une pilule; il lui fit casser des noix avec son gros pied de devant; il lui fit transporter en tas des pierres que deux hommes pouvaient à peine soulever, et que l'éléphant enleva avec la même facilité qu'un enfant aurait mise à manier une noix; et il lui fit exécuter beaucoup d'autres tours plus ou moins difficiles, qui excitaient l'admiration de tous les spectateurs.
Quand la représentation fut terminée, le maître s'approcha de M. de Trénilly et lui demanda la permission de coucher dans une de ses granges. M. de Trénilly y consentit, à la grande joie des enfants, qui comptaient bien revoir l'éléphant dans son appartement et lui apporter à manger.
«Que donnez-vous à dîner à votre éléphant? demanda Jules au maître.
—Des boulettes de farine et d'oeufs, Monsieur, et un baquet de son avec des choux et des carottes.
—Où sont vos boulettes? demanda Jules.