«Ma bonne Madame Anfry, je vous apporte quatre oeufs, que je vous prie de vouloir bien faire couver à votre poule. J'espère que cela ne vous dérangera pas.
—Pour cela, non, Mademoiselle. Justement ma poule demande depuis ce matin à couver, et je n'ai pas d'oeufs à lui donner. Si vous voulez venir, Mademoiselle, nous allons tout de suite la faire commencer.»
Hélène suivit, en la remerciant de son obligeance. La poule accourut à l'appel de sa maîtresse, qui lui montra les oeufs et les mit dans un panier à couver; la poule sauta dans le panier, étendit ses ailes et commença sa besogne de la meilleure grâce du monde.
Hélène était enchantée et remercia Mme Anfry.
«Combien de jours faut-il pour faire éclore les oeufs? demanda-t-elle.
—Vingt jours au plus, Mademoiselle. Vous viendrez voir sans doute comment se comporte la couveuse?
—Oui, certainement je viendrai tous les jours lui apporter de l'orge et de l'avoine. A demain, Madame Anfry; bien des amitiés à Blaise.»
Hélène retourna tous les jours chez Mme Anfry savoir des nouvelles de ses oeufs; elle avait soin d'apporter chaque fois un panier plein d'orge et d'avoine. Elle avait prié sa mère de ne parler de rien à Jules, pour lui faire une surprise, dit-elle; mais sa véritable raison, c'est qu'elle avait peur que Jules ne lui jouât quelque mauvais tour, en écrasant les oeufs ou en empêchant la poule de couver.
Le vingt et unième jour, Blaise, qui attendait toujours Hélène à la porte, lui annonça que deux poulets étaient éclos. Hélène courut à la cabane où couvait la poule, elle lui jeta un peu d'orge pour lui faire quitter son panier, et vit avec grande joie les deux petits poussins venir manger les grains d'orge que la poule leur écrasait avec son bec avant de les leur laisser manger.
Les poussins étaient fort jolis; ils étaient noirs, avec une huppe noire et blanche.