La Comtesse de Ségur

UN BON PETIT DIABLE

A MA PETIT FILLE MADELEINE DE MALARET

Ma bonne petite Madeleine, tu demandes une dédicace, en voici une. La Juliette dont tu vas lire l'histoire n'a pas comme toi l'avantage de beaux et bons yeux (puisqu'elle est aveugle), mais elle marche de pair avec toi pour la douceur, la bonté, la sagesse et toutes les qualités qui commandent l'estime et l'affection.

Je t'offre donc Le Bon Petit Diable escorté de sa Juliette, qui est parvenue à faire d'un vrai diable un jeune homme excellent et charmant, au moyen de cette douceur, de cette bonté chrétiennes qui touchent et qui ramènent. Emploie ces mêmes moyens contre le premier bon diable que tu rencontreras sur le chemin de ta vie.

Ta grand'mère,

COMTESSE DE SÉGUR
née Rostopchine.

I

LES FÉES

Dans une petite ville d'Ecosse, dans la petite rue des Combats, vivait une veuve d'une cinquantaine d'années, Mme Mac'Miche. Elle avait l'air dur et repoussant. Elle ne voyait personne, de peur de se trouver entraînée dans quelque dépense, car elle était d'une avarice extrême. Sa maison était vieille, sale et triste; elle tricotait un jour dans une chambre du premier étage, simplement, presque misérablement meublée. Elle jetait de temps en temps un coup d'oeil à la fenêtre et paraissait attendre quelqu'un; après avoir donné divers signes d'impatience, elle s'écria: