Betty:—Non, non, elle n'est pas morte, allez. Est-ce que les méchantes gens meurent comme ça! Le bon Dieu les conserve pour leur donner le temps du repentir; et puis pour la punition des vivants.

Le charretier:—Voyons, faut-il que je l'emporte?

Betty:—Oui, si vous voulez bien; elle n'est pas lourde, je pense; elle vit d'air, par économie. Le charretier, riant:—Et si elle revient, et qu'il lui prenne envie de me battre, en répondez-vous?

Betty, riant aussi:—Oh! moi, je ne réponds de rien; c'est à vous à vous garer.

Le charretier, de même:—Ah mais! dites donc! c'est que je ne voudrais pas sentir ses ongles sur ma peau! Moi, d'abord je lâche, ni une ni deux; au premier coup de poing je la fais rouler par terre!

Betty:—Vous ferez comme vous voudrez; ça vous regarde.

Le charretier:—Bon! j'enlève le colis!... Houp! j'y suis.»

Et Mme Mac'Miche se trouva chargée comme un sac de farine sur le dos du charretier, ses jambes pendant par derrière, sa tête retombant sur la poitrine du charretier. Betty suivait. Ils eurent à peine fait cent pas, que le fardeau du charretier commença à s'agiter.

Le charretier:—Hé! la bourgeoisie! ne bougez pas! C'est qu'elle remue comme une anguille! Sapristi! Tenez-lui les jambes. Mistress Betty! Elle bat le tambour sur mes mollets à me briser les os... Allons donc, la bourgeoise!... Je vais la serrer un brin pour la faire tenir tranquille. Il la serra si vigoureusement dans ses bras d'Hercule, que Mme Mac'Miche reprit tout à fait connaissance; et voulant se débarrasser de l'étau qui arrêtait sa respiration, elle serra et pinça cruellement le cou du charretier. Il poussa un cri ou plutôt un hurlement effroyable, et ouvrant les bras il laissa tomber sa vieille ennemie sur un tas de pierres qui bordaient la route. A son tour, Mme Mac'Miche cria de toute la force de ses poumons.

«Pourquoi l'avez-vous jetée? dit Betty d'un ton de reproche.