Ces assurances réitérées calmèrent Mme Mac'Miche qui s'endormit paisiblement.

Quand Betty entra, Charles, lui expliqua ce qui s'était passé, ce qu'il avait dit et promis, et recommanda bien qu'on ne lui enlevât pas ses rouleaux d'or. Puis il se retira et courut jusque chez ses cousines.

Charles, entrant:—Me voici, Juliette! J'ai une faim terrible! Mais j'ai bien fait d'y aller. Je te raconterai ça quand j'aurai mangé.»

Marianne embrassa Charles avant qu'il commençât son repas. Juliette quitta son fauteuil, marcha à tâtons vers lui, et, lui prenant la tête dans ses mains, elle lui baisa le front à plusieurs reprises.

Charles, mangeant:—Merci, Juliette, merci; tu es contente de moi! Ce que j'ai fait n'était pourtant pas difficile. Cette malheureuse femme fait pitié!

Juliette:—Pitié et horreur! Cet amour de l'or est révoltant! J'aimerais mieux mendier mon pain que me trouver riche et m'attacher ainsi à mes richesses.

Marianne:—Malheur aux riches! a dit Notre-Seigneur; aux riches qui aiment leurs richesses! C'est là le mal et le malheur! C'est d'aimer cet or inutile! C'est d'en être avare! de ne pas donner son superflu à ceux qui n'ont pas le nécessaire!

Charles, mangeant:—Si jamais je deviens riche, je donnerai tout ce qui ne me sera pas absolument nécessaire.

Juliette:—Et comment feras-tu pour reconnaître ce qui n'est pas absolument nécessaire?

Charles, mangeant:—Tiens; ce n'est pas difficile! Si j'ai une redingote, je n'ai pas besoin d'en avoir une seconde! Si j'ai une salle et une chambre je n'ai pas besoin d'en avoir davantage. Si j'ai un dîner à ma faim, je n'ai pas besoin d'avoir dix autres plats pour me faire mourir d'indigestion. Et ainsi de tout.