Juliette:—Oh! Charles, que je suis heureuse de t'entendre parler ainsi! Quel bien me fait ce retour sérieux à de bons sentiments! Je l'avais tant demandé pour toi au bon Dieu!... Tu pleures, mon bon Charles? Que Dieu bénisse ces larmes et celui qui les répand.»
Charles pleurait en effet; il se jeta au cou de Juliette, qui mêla ses larmes aux siennes; et il pleura quelque temps encore pendant que son coeur priait et se repentait.
Juliette:—Charles, prends mon Imitation de Jésus-Christ, et lis-en un chapitre; cela nous fera du bien à tous les deux.»
Charles obéit et lut avec un accent ému un chapitre de ce livre admirable. Quand il eut fini, il se sentit remis de son trouble. Juliette était calme.
«Sais-tu, lui dit-elle, que lors même que tu n'aurais rien dit, rien demandé de la fortune que t'a laissée ton père, Marianne en avait déjà parlé au juge; et pendant que tu étais dans ton affreux Fairy's Hall, ils en avaient parlé sérieusement: Marianne avait remis au juge le reçu de Mme Mac'Miche, et M. Blackday s'était croisé avec une lettre du juge qui lui demandait des renseignements sur les sommes qui t'appartenaient et que retenait injustement ta cousine. Ainsi, tu vois que tu ne lui as fait aucun mal, et que tu ne dois avoir aucun remords.
Charles:—Dieu soit loué! Merci, Juliette, de ce que tu m'apprends! Quel poids tu enlèves de dessus mon coeur!»
Charles baisa la main de Juliette qu'il tenait dans les siennes.
Juliette:—Elle est donc plus malade, cette pauvre femme?
Charles:—Marianne la trouve très mal puisqu'elle a parlé du prêtre après le médecin. Elle a un affreux délire; et la pauvre malheureuse ne parle que de son or; c'est pénible à entendre!
Juliette:—Voilà les avares! ils aiment tant leur or qu'ils n'ont plus de coeur pour aimer le bon Dieu ni les hommes.»