«Betty vient d'arriver, ajouta Marianne, avec un charretier de ses amis pour veiller la cousine cette nuit, la soulever, la faire changer de position et surtout pour rassurer Betty elle-même, qui a une peur affreuse de tout ce que dit la cousine et des cris qu'elle pousse sans cesse. Et maintenant, continua Marianne, Charles va m'aider à préparer le souper; notre, journée a été toute dérangée depuis onze heures... Tu es pale, ma pauvre Juliette. Veux-tu faire une petite promenade avec Charles pendant que je mettrai le couvert?»

Juliette ayant accepté l'offre de sa soeur, Charles l'emmena.

«Si nous allions passer quelques instants à l'église, Charles? veux-tu? Et nous irons de là chez M. le curé pour lui faire connaître l'état de notre malheureuse cousine, et lui demander d'aller la voir.

—Avec plaisir, Juliette; je prierai mieux à l'église que chez ma cousine Mac'Miche.»

Ils y allèrent et rencontrèrent en sortant l'excellent curé, qu'ils informèrent de l'état de Mme Mac'Miche.

«Je vais y aller, dit-il; j'y passerai la nuit s'il le faut, mais je ne la laisserai pas mourir sans sacrements.»

Charles et Juliette abrégèrent leur promenade, parce que Charles ne voulait pas laisser Marianne tout préparer à elle seule, pour leur souper. Après le repas vint le coucher; on s'aperçut, au dernier moment, qu'on n'avait pas de lit pour Charles. Il proposa de coucher sur deux ou trois chaises, mais Juliette s'y refusa absolument; elle coucha avec Marianne, et abandonna son lit à Charles, malgré une résistance désespérée.

XIX

CHARLES HÉRITIER ET PROPRIÉTAIRE

Charles s'éveilla de bonne heure; il eut de la peine à quitter son excellent lit, mais il voulait aller savoir des nouvelles de la malade avant de mener Juliette à la messe; il était cinq heures; il n'avait pas de temps à perdre. Il sauta donc à bas de son lit, courut à la cuisine pour faire ses ablutions, se lava de la tête aux pieds dans un baquet d'eau bien fraîche, se peigna, se brossa, revêtit ses habits usés, percés et sans couleur définie, et sortit au moment où Marianne entrait pour faire le feu et apprêter le déjeuner.