Juliette:—Assez, assez, Charles; tu en demandes trop.

Charles:—Non, pas trop, car ma plus grosse demande n'est pas encore dite,... mais je la dirai plus tard.

Juliette:—Ah! tu as déjà des mystères de propriétaire. Est-ce que tu ne me les feras pas connaître?

...Charles:—Non, pas même à toi. Mais, Juliette, sais-tu que je rougis de l'éducation que j'ai reçue jusqu'ici? je ne suis bon à rien; je ne sais rien. Si Marianne voulait bien me laisser aller à l'école, on y travaille de huit heures du matin à onze heures, puis d'une heure à quatre: en m'appliquant, j'apprendrais bien des choses dans ces six heures de travail.»

Juliette:—Tu as parfaitement raison, mon ami; bien des fois j'ai gémi de ton ignorance et de l'impossibilité où tu étais d'en sortir. La cousine Mac'Miche te faisait lire haut des histoires; elle te dictait quelques lettres par-ci par-là: ce n'est pas une éducation. Parles-en à ma soeur; elle te dira ce qu'il y aura à faire pour en savoir assez, mais pas trop.»

XX

CHARLES MAJEUR: ON LUI PROPOSE DES FEMMES; IL N'EN VEUT AUCUNE

Marianne et Charles s'occupèrent des funérailles de Mme Mac'Miche. Charles causa plusieurs fois avec le juge de paix de sa nouvelle position et du profit qu'il pourrait en tirer; il demanda avec tant d'insistance de payer les dettes de ses cousines, que le juge finit par le lui permettre, mais seulement sur ses revenus.

«Car, lui dit-il, tu ne peux disposer de ta fortune avant ta majorité.»

Quand la cousine Mac'Miche fut rendue à la terre, qui s'ouvre et se referme pour tous les hommes, le juge fit nommer Marianne tutrice de Charles, auquel on alloua, pour frais d'éducation et d'entretien, les revenus de sa fortune, ce qui donna aux deux soeurs une aisance dont elles jouissaient chaque jour et à chaque heure du jour.