Juliette serra encore la main de Charles et la laissa aller pour reprendre son tricot, pendant que Charles lui ferait la lecture.
Quand Marianne rentra, elle leur dit que le juge était aussi surpris qu'elle l'avait été elle-même, et que lui non plus n'avait pu trouver le nom de la femme que Charles s'était choisie; les cinquante mille francs le déroutaient complètement.
«Je vous annonce mon mariage pour lundi prochain, dans dix jours, ajouta-t-elle.
Charles:—Et le lendemain, le mien sera affiché.
Marianne:—Nous apprendrons alors ce que tu ne veux pas nous dire.»
La journée se passa gaiement et dans les occupations accoutumées. Le soir, le juge vint faire sa visite, et, malgré ses efforts réunis à ceux de Marianne, il ne put rien tirer de Charles ni de Juliette. Il raconta que M. Turnip était furieux, mais plus contre sa fille qui avait exigé cette sotte condition du renvoi de Juliette, que contre Charles, qui disait-il, ne pouvait honorablement y consentir.
«Et j'ai appris pendant cette scène que la demoiselle avait vingt-six ans. On m'avait dit vingt. Ils ont voulu revenir sur la condition, mais j'ai déclaré qu'il était trop tard; que Charles en avait été si indigné et si fâché, qu'il avait tout rompu; et je les ai laissés se disputant et la fille pleurant... Charles, mon ami, quand je serai ton cousin par ma femme, je ne pourrai t'aimer davantage et te vouloir plus de bien que je ne l'ai fait jusqu'à présent. Tu ne m'as pas nommé la femme que tu t'es choisie, mais, quelle qu'elle soit, ton choix doit être bon et tu dois avoir assuré ton bonheur; quant au sien, moi je le connais, je ne puis en douter.»
Marianne proposa au juge une tasse de thé, qu'il accepta. Pendant qu'elle était allée la préparer à la cuisine, le juge s'approcha de Juliette, lui prit les mains, la baisa au front et lui dit d'un air mystérieux:
«A quand la noce, ma petite soeur? Quand faut-il vous afficher?
—Comment? Quoi? répondit Juliette surprise et rougissant.