Old Nick:—Monsieur, je vous en supplie...

Charles:—Soyez donc tranquille; je ne suis pas méchant, je ne vous trahirai pas.»

Et Charles lui tourna le dos.

Avant le grand événement du mariage de Mlle Lucy Turnip, femme Old Nick, eut lieu celui de Charles. C'était lui qui avait tout préparé, tout arrangé pour cet heureux jour. Juliette ne pouvait l'aider que de ses conseils; malgré ce surcroît d'occupations, Charles trouva le temps de mener Juliette à la messe et à la promenade avec sa régularité accoutumée, et de ne rien changer aux habitudes de Juliette. La veille de leur mariage ils firent leurs dévotions ensemble, comme toujours, puis ils arrangèrent la chambre de Juliette, qui resta la même, mais que Charles orna de meubles et de rideaux frais. Marianne n'occupant plus la chambre près de celle de Juliette, Charles s'y transporta pour être plus à sa portée si elle avait besoin de quelque chose.

Cette journée se passa paisiblement. Le lendemain, le mariage devait avoir lieu à neuf heures, comme pour Marianne, et les témoins seuls y devaient assister. Charles voulut que Donald lui servît de témoin avec M. Blackday, ce qui combla de joie et d'honneur Betty et Donald lui-même; le juge et le médecin furent les témoins de Juliette; Marianne arriva de bonne heure pour faire la toilette de la mariée. Le temps était superbe; la messe et la cérémonie furent terminées à dix heures. Charles prit le bras de sa femme, et chacun rentra chez soi. Seulement, Marianne, son mari et les témoins devaient revenir dîner à la ferme. Betty se distingua; le repas fut excellent quoique modeste. L'après-midi se passa joyeusement; on s'amusa à appeler Juliette madame, et, pour la distinguer de sa soeur, on appela Marianne la vieille madame. Le soir, après la promenade, Charles et Juliette reconduisirent chez eux M. le juge de paix et Mme la juge de paix, et rentrèrent à la ferme en faisant un détour par les champs. Betty servit un petit souper plus soigné que de coutume, et lorsque Betty et Donald eurent terminé leur repas, eurent pris leur tasse de café et leur petit verre de whiskey à la santé des mariés, Charles et Juliette rentrèrent dans leur calme accoutumé.

Excepté cette journée d'extra, rien ne fut changé à leur utile et heureuse vie; seulement, Juliette s'occupa à former une jeune servante qui devait remplacer Marianne dans les soins du ménage; Betty se mit à la tête de la ferme. Donald dirigeait les affaires extérieures, et Betty exerçait sa juridiction sur la basse-cour, la lingerie, la cuisine et généralement sur tout ce qui concerne l'intérieur. Tout marcha le mieux du monde comme par le passé; la ferme prospéra de plus en plus; Charles l'augmenta par l'acquisition de quelques pièces de terre, prairies et bois touchant aux siens.

Juliette ne regretta jamais d'avoir confié à Charles le soin de son bonheur; il ne se relâcha pas un instant de ses soins les plus dévoués, de ses attentions les plus aimables. Juliette resta douce, aimante et charmante, comme au jour de son mariage; seulement, le bonheur dont elle jouissait lui donna plus de gaieté, de vivacité, d'entrain. Elle fut quelques années sans avoir d'enfant; enfin elle eut un garçon, et deux ans après une fille; ces enfants font le bonheur de leurs parents; la fille s'appelle Mary, et elle est tout le portrait de sa mère; Charles l'aime passionnément. Édouard ou Ned, le garçon, est l'image vivante du père; Juliette l'idolâtre. Betty continue à ne pas avoir d'enfant. Marianne en a déjà quatre, trois garçons et une fille. La fille du juge de paix a épousé un brave garçon des environs; M. Turnip, pour se consoler du mariage de sa fille, qui mettait de la gêne dans sa maison à cause des dépenses de M. Old Nick, a demandé et obtenu la main et la bourse d'une vieille grosse veuve de cinquante ans: elle a dix-huit mille francs de revenu et elle fait enrager du matin au soir Lucy Old Nick et M. Old Nick.

Dans le ménage Old Nick, le règne de la femme est fini et celui de 'Old Nick commence, car c'est le mari qui gronde et c'est la femme qui se soumet.

Il reste à informer mes jeunes lecteurs que les enfants qui habitaient la maison de M. Old Nick ont été rendus à leurs parents peu de jours après la sortie de Charles; le juge, ayant appris le régime cruel auquel étaient soumis ces enfants, en donna connaissance à l'attorney général. Une enquête fut ordonnée et eut pour résultat de faire fermer Fairy's Hall, de mettre en jugement MM. Old Nick et leurs complices, leurs surveillants et le fouetteur en chef. Trois furent condamnés au thread-mill; Old Nick y resta deux ans, et les autres en eurent pour six mois. En sortant de là, Old Nick junior se lança dans des entreprises de demi-filouteries qui lui réussirent. Le hasard le ramena dans la petite ville de N..., où il était à peine connu, n'ayant pas quitté Fairy's Hall pendant le peu de mois qu'il y avait demeuré; sa figure avantageuse plut à Mlle Lucy Turnip, et nous savons le bonheur qui en résulta pour les intéressés. Les jeunes époux se querellent encore et se querelleront toujours.

Donald et Betty achèvent leur heureuse carrière chez l'heureux Charles et l'heureuse Juliette. Marianne jouit d'un bonheur calme mais assuré; ses enfants sont beaux et bons; les visites à la ferme de tante Juliette et d'oncle Charles sont les moments les plus heureux de leur vie à peine commencée; le petit Édouard et la petite Mary reçoivent leurs cousins et cousines avec des cris de joie; on court atteler ou seller les ânes, on se mêle aux travaux des champs; Charles y travaille avec la même ardeur que Donald et sa bande nombreuse d'ouvriers; Juliette s'assoit à l'ombre d'un arbre; elle entend les rires et devine les jeux des enfants, elle a le sentiment intime du bonheur de Charles, et jamais elle ne s'attriste de ne pas voir ceux qu'elle aime tant: elle trouve que de les entendre, de les sentir autour d'elle est une bien grande joie dont elle remercie sans cesse le bon Dieu. Tous les matins, tous les soirs, Charles joint ses actions de grâces à celles de sa femme, qu'il chérit de plus en plus. De sorte que nous terminons l'histoire du Bon petit diable en faisant observer combien la bonté, la piété et la douceur sont des moyens puissants pour corriger les défauts qui semblent être les plus incorrigibles. La sévérité rend malheureux et méchant.