«Amuse-toi, mon garçon, amuse-toi là jusqu'au souper; je vais donner de tes nouvelles à Juliette!» cria Mme Mac'Miche à travers la porte.
III
UNE AFFAIRE CRIMINELLE
Charles, furieux de se trouver pris comme un rat dans une ratière, se jeta sur la porte pour la défoncer; mais la porte était solide; trois fois il se lança dessus de toutes ses forces, mais il ne réussit qu'à se meurtrir l'épaule; après le troisième élan il y renonça.
«Méchante femme! Mon Dieu, que je la déteste! Et Juliette qui voulait que je lui demandasse pardon! Une pareille mégère!... Que puis-je faire pour me venger?...»
Charles regarda de tous côtés, ne trouva rien.
«Je pourrais bien déchirer son ouvrage qu'elle a laissé; mais à quoi cela servirait-il? elle en prendra un autre! Que je suis donc malheureux d'être obligé de vivre avec cette furie!»
Charles s'assit, appuya ses coudes sur ses genoux, sa tête dans ses mains et réfléchit. A mesure qu'il pensait, son visage perdait de son expression méchante, son regard s'adoucissait, ses yeux devenaient humides, et, enfin une larme roula le long de ses joues.
«Je crois que Juliette a raison, dit-il; elle serait moins méchante si j'étais meilleur; je serais moins malheureux si j'étais plus patient, si je pouvais être doux et résigné comme Juliette!... Pauvre Juliette! Elle est aveugle! Elle est seule tout le temps que sa soeur Mary travaille! Elle s'ennuie toute la journée!... Et jamais elle ne se plaint, jamais elle ne se fâche! toujours bonne, toujours souriante!...il est vrai qu'elle est plus vieille que moi! Elle a quinze ans, et moi je n'en ai que treize... C'est égal, à quinze ans je ne serai pas bon comme elle! Non, non, avec cette cousine abominable, je ne pourrai jamais m'empêcher d'être méchant...
Tiens! qu'est-ce que j'entends? dit-il en se levant. Quel bruit!...