Charles:—Non, non, seulement des farces... Mais avant de me laisser coffrer, je vais jouer un tour à ma cousine, et un fameux, dont elle ne se relèvera pas.

—Charles! s'écria Juliette effrayée, je te le défends! Je t'en prie. ajouta-t-elle doucement et tristement.

Charles:—Mais, ma bonne Juliette; je ne veux ni la battre ni la tuer; je veux seulement écrire à M. Blackday, qui fait ses affaires, pour le supplier de venir à mon secours, de me défendre contre ma cousine, et de me débarrasser de sa tutelle, afin que je puisse loger ailleurs que chez elle. Il n'y a pas de mal à cela, n'est-ce pas?

Juliette:—Non, mon ami, aucun, et tu feras bien d'écrire à ce monsieur.

Charles:—Puisque tu approuves, je vais écrire tout de suite.

Juliette:—Oui, mets-toi à la table de ma soeur; dans le tiroir à droite, tu trouveras ce qu'il faut pour écrire; je ne te dérangerai pas, je tricoterai.»

Charles s'assit près de la table et se mit à l'ouvrage. Il écrivit longtemps. Quand il eut fini, il poussa un soupir de satisfaction.

«C'est fait! Veux-tu que je te lise ma lettre, Juliette?

Juliette:—Certainement, je serai charmée de l'entendre.

Charles, lit:-«Monsieur, je ne vous connais pas du tout, et je crains que vous me connaissiez beaucoup et mal par ma cousine Mac'Miche. Je suis si malheureux chez elle que je ne peux plus y tenir; elle me bat tellement, malgré toutes mes inventions pour moins sentir mes coups, que j'en ai sans cesse des meurtrissures sur le corps; Betty, la servante, et Marianne et Juliette Daikins, mes cousines, certifieront que je dis la vérité. Je voudrais être bon, et cela m'est impossible avec ma cousine Mac'Miche. Voilà qu'elle veut m'enfermer dans le château de MM. Old Nick où on ne reçoit que les scélérats. Et puis, elle me dit toujours que je suis un mendiant, et je sais qu'elle a cinquante mille francs qui sont à moi, puisque c'est mon père qui les a placés chez elle; vous n'avez qu'à en parler à M. le juge Ide paix, il vous dira comment il le sait. Je vous en prie, mon bon Monsieur, faites-moi changer de maison, placez-moi chez mes cousines Daikins, qui sont si bonnes pour moi, qui me donnent de si bons conseils, et qui cherchent à me rendre sage. Chez elles, je pourrai le devenir; chez ma cousine Mac'Miche, jamais.