Charles en aperçut un inoccupé près du surveillant; c'était celui du remplaçant. Charles alla s'y placer.

Boxear se retourna vers lui, croisa ses bras et le regarda d'un air indigné:

«Avez-vous perdu la tête, petit drôle? dit-il. Est-ce la place d'un élève, près de moi, sur une estrade?

Charles:—Ma foi! Monsieur, est-ce que je sais, moi? Est-ce que je peux deviner, moi? Vous me dites: le premier vacant; j'aperçois celui-ci, je le prends.

Boxear:—Ah! Monsieur est beau parleur! Monsieur est raisonneur! Monsieur est insubordonné, révolutionnaire, etc. Voilà comme nous venons à bout des beaux parleurs (il lui tire les cheveux); des raisonneurs (il lui donne des claques); des insubordonnés (il lui donne des coups de règle); des révolutionnaires (il lui donne des coups de fouet).

Allez, Monsieur, chercher un pupitre vacant.»

Charles n'avait pas poussé un cri, pas laissé échapper un soupir; les visières du cousin Mac'Miche, qui occupaient toujours leur poste de préservation, avaient été pour beaucoup dans ce courage héroïque; il jeta un coup d'oeil dans la salle et alla prendre place près d'un garçon de son âge à peu près et qui avait des larmes dans les yeux. «Celui-ci est bon, se dit-il; il ne me trahira pas à l'occasion.»

Le maître l'examinait avec attention; «il ne sera pas facile à réduire, pensa-t-il; pas une larme, pas une plainte! Il faudra bien pourtant en venir à bout.»

«Minet!» appela le maître. Le chat noir à l'air féroce répondit par un miaulement enroué qui ressemblait plutôt à un rugissement, et sauta sur la table de son maître. Celui-ci fit une grosse boulette de papier, la fit voir au chat, qui fit gros dos, leva la queue, dressa les oreilles, et suivit de l'oeil tous les mouvements du maître, jusqu'à ce que la boulette lancée fût retombée sur la tête de Charles. Il poussa un second miaulement rauque et d'un bond fut sur la tête et sur les épaules de son ennemi, qu'il se mit à mordre et à griffer, tout en poursuivant la boulette qui roulait sous ses griffes et ses dents.

Charles se défendit de son mieux, lui tira les pattes à les lui briser, lui serra le cou à l'étrangler; le chat se sentit vaincu et voulut sauter à bas, mais Charles ne lui en donna pas le temps; il l'empoigna par les pattes de derrière, et, malgré les cris désespérés de l'animal, malgré les cris furieux du maître, il le fit tournoyer en l'air et le lança sur le pupitre du surveillant, qui reçut dans ses bras son chat étourdi et presque inanimé. Les yeux du maître lançaient des éclairs. Il descendit de son estrade, se dirigea vers Charles, le fit rudement avancer jusqu'au milieu de la salle, le força à se coucher à terre, et commença à le déshabiller pour lui faire sentir la dureté du fouet qu'il tenait à la main. Mais à peine eut-il enlevé à Charles son vêtement inférieur, qu'il recula épouvanté comme l'avait fait Mme Mac'Miche: les diables étaient encore à leur poste, frais et menaçants.