Charles:—Oh! Monsieur, c'est si vrai que j'ai eu du mal à me rendormir et que j'ai peur encore en y pensant.»

Old Nick le regarda quelques temps, hocha la tête et dit à mi-voix:

«Je ne sais que croire... L'homme noir!... Comment l'aurait-il su?... C'est singulier!... très singulier!» Et il s'en alla.

Charles expliqua l'affaire à ses camarades, en récréation; il avait trouvé aussi moyen de voir Betty, de la mettre au courant des événements et de lui recommander le méchant chat.

«Sois tranquille, lui avait répondu Betty, il ne l'emportera pas en paradis et il ne recommencera pas, je t'en réponds; ne t'effraye pas si tu m'entends crier: ce sera une attrape.»

Le déjeuner sonna, les frères Old Nick et les maîtres mangeaient à part, pour faire un meilleur repas que les élèves, auxquels on servit des haricots, comme la veille, et du fromage à la pie. Mais le repas ne se passa pas sans incident. C'était Betty qui devait apporter la soupe à la table des oppresseurs (c'est ainsi que les avaient surnommés les enfants). Dans le corridor qui précédait la salle à manger et que devait suivre Betty, on entendit un grand cri, puis un second. Un des maîtres allait se lever pour voir d'où provenaient ces cris lorsque Betty entra, tremblante, haletante: elle tenait dans les mains la soupière destinée à assouvir la faim des maîtres, mais elle tremblait si fort, qu'en la passant au dessus de M. Old Nick aîné, elle en répandit sur sa tête et sur son visage, Old Nick cria à son tour; il avait la figure échaudée, il tempêtait, menaçait.

«Pardon, Monsieur, pardon, mon respectable maître, dit Betty d'une voix chevrotante en plaçant la soupière sur la table; j'ai eu si peur dans le corridor!

—Peur de quoi, sotte? répliqua Old Nick. Quand même vous auriez vu le diable, ce n'est pas une raison pour m'échauder la tête et la figure! Je ne suis pas une tête de veau, je suppose!

Betty:—Oh! Monsieur ne croit pas si bien dire!

M. Old Nick:—Comment, insolente? Vous osez me traiter de tête de veau?