«C'est toi, Charles?... Mais réponds donc? Je suis sûre que c'est toi!

—Juliette, Juliette, ma bonne Juliette! s'écria Charles. C'est moi, oui, c'est moi! Je reviens pour ne plus te quitter; le juge l'a permis. Je vivrai avec toi!»

Charles s'élança au cou de Juliette avec une telle impétuosité, qu'il manqua de la jeter par terre; elle l'embrassa avec une grande joie.

Juliette:—Mon bon Charles, que je suis contente de te savoir hors de cette horrible maison!

Charles:—Horrible! tu as bien raison! horrible! c'est bien le mot! J'ai eu du mal pour en sortir, va.

Juliette:—As-tu été bien malheureux, mon pauvre Charles?

Charles:—Malheureux, non! j'étais trop occupé. Pense donc quel travail pour inventer des choses affreuses, inouïes, et pour les exécuter tout seul, sans autre aide que celle, très rare et difficile, de Betty; il fallait arriver à me faire chasser, et pourtant à ne jamais être découvert. Je n'avais pas le temps d'être triste et malheureux.

Juliette:—Ainsi, tu n'as pas du tout pensé à Marianne ni à moi?

Charles:—Au contraire, toujours. Tout ce que je faisais, ce que j'inventais, c'était pour vous rejoindre. Et toi, Juliette, pensais-tu à moi?

Juliette:—Oh! moi, toujours. J'étais inquiète, j'étais triste. Mes journées ont été bien pénibles en ton absence, mon pauvre Charles! J'avais si peur que tu ne fisses quelque chose de mal, de réellement mal!... Tu sais que tu as toujours l'idée de te venger quand on a mal agi envers toi; et c'est un si mauvais sentiment, si contraire à la charité que nous commande le bon Dieu! Et quand tu offenses le bon Dieu, mon pauvre Charles, j'en éprouve une telle peine que je te ferais pitié si tu voyais le fond de mon coeur!