Marianne, ne le crois pas; ma fille, ne l'écoute pas.

Marianne:—Pardon, ma cousine, je sais qu'il dit vrai; c'est moi qui le lui ai appris; et maintenant que vous m'y faites penser, je me souviens d'en avoir parlé au juge; c'est peut-être ce que vous me demandiez en entrant.

Madame Mac'Miche:—Malheureuse! tu m'assassines! Je ne puis rien rendre; je n'ai rien.

Marianne:—Tout cela ne me regarde pas; c'est M. le juge qui en sera chargé par l'attorney.

Madame Mac'Miche:-L'attorney! Mais c'est une infamie que ces attorneys! Ils condamnent toujours! Dans toutes les affaires ils condamnent quelqu'un! Je n'ai rien! Croyez-moi, mes chères, mes bonnes cousines. Ayez pitié de moi, pauvre veuve... Charles, mon bon Charles, intercède pour moi. Songe que je t'ai logé, nourri, habillé pendant trois ans.

Charles:—Quant à ça, ma cousine, je ne vous en ai pas grande obligation; logé comme un chien, nourri comme au workhouse, habillé comme un pauvre, battu tous les jours, abreuvé d'humiliations et d'injures. Et pendant que vous m'appeliez mendiant, vous aviez ma fortune que vous me dissimuliez, et qui payait et au delà la dépense de la maison. Mes cousines Daikins sont pauvres, elles ne peuvent pas me garder pour rien: il et juste que ma fortune passe entre les mains de ma nouvelle tutrice.

Madame Mac'Miche, joignant les mains:—Mais je te dit, je te répète que je n'ai rien; rien à rendre, puisque je n'ai rien!»

Charles leva les épaules et ne répondit pas. Marianne contemplait avec dégoût cette vieille avare, tombée à genoux au milieu de la chambre, et continuant à implorer leur pitié à tous.

La scène se compliqua par l'arrivée du juge de paix, accompagné du vieux monsieur que Charles avait vu à travers la croisée chez Mme Mac'Miche.

«Qu'est-ce, Madame Mac'Miche? dit le juge avec ironie; à genoux devant vos cousines? Quel méfait, quel crime avez-vous donc commis?»