M. Blackday s'avança.
«Madame, dit-il, je vous ai informée tantôt que j'avais reçu une lettre dictée par vous, et qui me parlait de ces cinquante mille francs; cette lettre, m'avez-vous dit, était un tour infâme de votre petit cousin, Charles Mac'Lance. Je vous ai parlé d'une autre lettre que m'avait adressée ce pauvre garçon; il me dépeignait sa lamentable situation; et il me reparlait de cette somme dont M. le juge de paix, disait-il, avait connaissance. J'ai été touché de l'appel de ce pauvre orphelin, et je suis venu ici pour en causer avec vous, puis avec M. le juge de paix. Vous avez tout nié; M. le juge de paix m'a tout démontré par des informations verbales, mais incontestables, et par un papier écrit de votre main. Vous avez, sans doute, ignoré jusqu'ici cette dernière circonstance, que je crois devoir vous révéler; ce papier est le reçu écrit de votre main des cinquante mille francs de Charles, et remis à M. Mac'Lance père, lequel l'a mis dans un portefeuille qu'il a confié à des mains sûres; ce document existe encore; nous l'avons vu, M. le juge de paix et moi. Et puis, Madame, à l'époque de la mort de M. Mac'Lance, décédé dans votre maison, j'ai reçu de vous, pour être placée en votre nom, la même somme de cinquante mille francs réclamée par Charles: comment justifierez-vous de la possession de cette somme?»
Mme Mac'Miche, atterrée par ces témoignages accumulés, ne répondit pas: elle ne voyait ni n'entendait plus rien de ce qui se passait autour d'elle; quand le juge lui demanda une dernière fois si elle voulait restituer à Charles le capital et les intérêts de la somme qui lui appartenait, ou bien subir les chances d'un procès qui la ruinerait peut-être, elle trembla de tous ses membres; effarée, éperdue, elle tira machinalement et avec effort la clef cachée dans son estomac, murmura d'une façon presque inintelligible: «Cassette..., clef, caisse... Sauvez..., sauvez tout.
—Où se trouve la caisse? demanda le juge de paix.
—Le mur... derrière l'armoire...» Et, poussant un gémissement douloureux, elle ferma les yeux et perdit connaissance.
Le juge de paix, la laissant aux mains de Marianne, sortit avec M. Blackday, et alla chez Mme Mac'Miche pour ouvrir la caisse et voir ce qu'elle contenait. Ils trouvèrent la clef dans la cassette, mais ils eurent de la peine à découvrir la caisse, scellée dans le mur et masquée par l'armoire qu'ils ne songeaient pas à déplacer à cause de son poids; toutefois en la poussant ils découvrirent qu'elle était sur roulettes, et qu'elle se déplaçait très facilement. Ils ouvrirent donc la caisse, et, après quelques difficultés pour arriver jusqu'à l'intérieur, ils trouvèrent enfin le trésor; les papiers relatifs aux cinquante mille francs de Charles et les rouleaux d'or étaient séparés des deux cent dix mille francs de valeurs de Mme Mac'Miche. Le juge les prit, les compta, dressa un procès-verbal de la rentrée en possession, prit ensuite six mille francs en or, provenant des intérêts durant trois ans. «Je laisse à Mme Mac'Miche, dit-il, quinze cents francs pour payer la pension du pauvre Charles pendant les trois années de privations et de martyre qu'il a passées chez elle. Je vais remettre les six mille à Marianne pour sa dépense courante, et garder les cinquante mille francs pour les lui verser entre les mains quand elle sera définitivement tutrice de Charles.
XVI
MADAME MAC'MICHE FILE UN MAUVAIS COTON
Ces messieurs rentrèrent chez Marianne. où ils trouvèrent Mme Mac'Miche revenue de son évanouissement, mais d'une pâleur livide. En apercevant les rouleaux d'or que le juge de paix remit à Marianne, elle se dressa en poussant un rugissement comme une lionne à laquelle on arrache ses lionceaux, et retomba aux pieds du juge de paix.
«Malheureusement créature! dit-il en la regardant avec dégoût. L'amour de l'or et le chagrin d'en perdre une partie sont capables de la faire mourir. Qu'allez-vous en faire, Marianne?