Maintenant que les pères de l'église idéaliste nous sont connus, il nous importe de lier amitié avec ceux de l'école contraire.

Diderot est le patriarche de l'église réaliste.

Tout le premier, il doua de vibration et de coloris la langue appauvrie du dix-huitième siècle.

Il fut l'avocat de la vérité dans l'art.

Henri-Marie Beyle (Stendhal), est, en ligne directe, le descendant de Diderot.

Avant d'écrire des romans, Stendhal fit de la critique et conta ses impressions de voyage; mais en aucun des genres divers qu'il cultiva, il n'aspirait à la gloire des lettres.

Il n'est rien qui ressemble moins à un écrivain de profession que Stendhal. Homme d'existence active, de fortunes diverses, peintre, militaire, employé, commerçant, auditeur au Conseil d'Etat, diplomate, il dut, peut-être, à la diversité même de ses professions, l'acuité d'observation et la connaissance de la vie qui distinguent les voyageurs littéraires comme Cervantès et Lesage, investigateurs curieux qui préfèrent aux livres poudreux des bibliothèques la grande Bible de la société.

Stendhal noircit du papier sans préméditation, ne prit pas de pseudonyme par coquetterie, mais pour mieux se cacher; ne se crut appelé ni à rien régénérer, ni à transformer le siècle par ses écrits. Il travailla en amateur, et certain jour, il demeura stupéfait en voyant un article louangeur que lui consacrait Balzac.

«Cet article étonnant, tel que jamais écrivain ne le reçut d'un autre, je l'ai lu en éclatant de rire, disait-il. Toutes les fois que j'arrivais à une louange un peu forte, je voyais la mine que feraient mes amis en la lisant.»