Leur couleur brillante et fastueuse les rend semblables à un riche émail oriental. Comme défaut, il a tous ceux qui manquent à Beyle: lyrisme, enflure, remplissage; mais quelles beautés! Quelles toiles de Titien et de Van Dick! Quels intérieurs! Quels portraits de femmes! Quelles draperies et quelles chairs succulemment empâtées! Walter Scott, que Balzac admirait et respectait si fort, a été plus diffus, sans être aussi heureux.
VII
SOMMAIRE
Flaubert.—La Genèse de Madame Bovary.—Le roman.—Le style de Flaubert.—L'amour de la phrase bien faite.—Salammbô.—La Tentation.—L'Education sentimentale.—Bouvard et Pécuchet.—Pessimisme et impassibilité.
Entre Balzac et Flaubert, il y a la distance d'un géant à un homme.
L'auteur de la Comédie humaine rendit épique la réalité; l'auteur de Madame Bovary nous la présente sous une face comico-dramatique il est des écrivains qui voient le monde reflété comme dans un miroir convexe, et, en conséquence, défiguré. Balzac le regarda avec un microscope qui, sans altérer la forme, augmentait les proportions; Flaubert le vit sans illusions d'optique, et je ne dis pas qu'il le contempla d'un œil serein, parce que la phrase me semble s'accorder mal avec le pessimisme que prêchent ses œuvres d'une manière indirecte, mais efficace.
De Flaubert, il n'y a pas lieu de se demander où et quand il apprit ce qu'il savait. Fils d'un médecin réputé, il se familiarisa de bonne heure avec les sciences naturelles, et quoique la position aisée de sa famille lui permît de ne faire choix d'aucune autre profession que de celle des lettres, il fut un étudiant à perpétuité, acquit une culture un peu hétérogène et capricieuse, mais considérable. Son ami Maxime Ducamp qui, dans un livré récent, les Souvenirs littéraires, communique au public tant et de si intéressants renseignements sur Flaubert, dit que, par sa prodigieuse mémoire et sa lecture immense, c'était un dictionnaire vivant que l'on pouvait feuilleter avec plaisir et avec profit.