Un membre de la phalange française, Dovalle, tué en duel à l'âge de vingt-deux ans, conseillait ainsi le poète romantique:
Brûlant d'amour, palpitant d'harmonie,
Jeune, laissant gémir tes vers brûlants,
Libre, fougueux, demande à ton génie
Des chants nouveaux, hardis, indépendants!
Du feu sacré si le ciel est avare,
Va les ravir d'un vol audacieux;
Vole, jeune homme ... Oui, souviens-toi d'Icare:
Il est tombé; mais il a vu les cieux!
Bien que nous distinguions dans le mouvement romantique français quelques-uns de ses représentants qui, comme Alfred de Musset et Balzac, ne lui appartiennent pas complètement, et sont à la rigueur les hommes d'une école différente, il lui reste une telle quantité de noms fameux qu'elle suffirait à faire la gloire, non pas seulement de quelques lustres, mais de deux siècles. Châteaubriand,—dédaigné aujourd'hui plus que de juste;—le doux et harmonieux Lamartine; George Sand; Théophile Gautier, d'une forme si parfaite; Victor Hugo, colosse qui se maintient encore sur pied; Augustin Thierry, le premier des historiens artistes, y suffiraient, sans compter les nombreux écrivains, secondaires peut-être, mais de valeur indiscutable, qui sont la preuve évidente de la fécondité d'une époque et qui pullulèrent dans le Romantisme français: Vigny, Mérimée, Gérard de Nerval, Nodier, Dumas, et, enfin, une troupe de douces et courageuses poétesses, de poètes et de conteurs dont il serait prolixe de citer les noms.
Théâtre, poésie, roman, histoire, tout fut créé, régénéré et agrandi par l'école romantique.
Nous gens d'au-delà les Pyrénées, satellites de la France,—malgré que nous en ayons,—nous nous rappelons aussi l'époque romantique comme une date glorieuse. Nous en ressentons encore l'influence et longtemps encore nous resterons à nous en affranchir.
Le romantisme nous donna Zorrilla qui fut comme le rossignol de notre aurore, en même temps que le mélancolique ver luisant de notre crépuscule. Mystiques arpèges, notes de guzla, sérénades moresques, terribles légendes chrétiennes, la poésie du passé, l'opulence des formes nouvelles, le poète castillan exprima tout avec une veine si inépuisable, avec une versification si sonore, une musique si délicieuse et que l'on entendait pour la première fois, que même aujourd'hui ... alors qu'elle est si lointaine! il semble que sa douceur nous résonne encore dans l'âme.
À côté de lui, Espronceda dresse son front hyronien; et le soldat poète Garcia Gutierrez cueille des lauriers prématurés qu'Hartzenbusch seul lui dispute. Le duc de Rivas satisfait aux exigenceshistorico-pittoresques dans ses romances. Larra, plus romantique dans la vie que dans ses œuvres, avec un humorisme piquant, avec une ironie badine, indique que la transition de la période romantique à la période réaliste.
Bien avant que cette transition commençât à s'accomplir.—quoique déterminée par la révolution littéraire française, la nôtre eut une originalité propre. Il ne nous manqua aucune note. Avec le temps, si nous ne possédâmes pas un Heine et un Alfred de Musset, il nous naquit un Campoamor et un Becquer.
Mais le théâtre du combat décisif, il importe de le répéter, ce fut la France.
Là, il y eut attaque impétueuse de la part des dissidents, résistance tenace de la part des conservateurs.