5. KHOUNG-TSEU dit: Il y a trois sortes de joies ou satisfactions qui sont utiles, et trois sortes qui sont nuisibles. La satisfaction de s'instruire à fond dans les rites et la musique, la satisfaction d'instruire les hommes dans les principes de la vertu, la satisfaction de posséder l'amitié d'un grand nombre de sages, sont les joies ou satisfactions utiles; la satisfaction que donne la vanité et l'orgueil, la satisfaction de l'oisiveté et de la mollesse, la satisfaction de la bonne chère et des plaisirs, sont les satisfactions nuisibles.

6. KHOUNG-TSEU dit: Ceux qui sont auprès des princes vertueux pour les aider dans leurs devoirs ont trois fautes à éviter: de parler sans y avoir été invités, ce qui est appelé précipitation; de ne pas parler lorsqu'on y est invité, ce qui est appelé taciturnité; de parler sans avoir observé la contenance et la disposition [du prince], ce qui est appelé aveuglement.

7. KHOUNG-TSEU dit: Il y a pour l'homme supérieur trois choses dont il cherche à se préserver: dans le temps de la jeunesse, lorsque le sang et les esprits vitaux ne sont pas encore fixés [que la forme corporelle n'a pas encore pris tout son développement][40], ce que l'on doit éviter, ce sont les plaisirs sensuels; quand on a atteint la maturité, et que le sang et les esprits vitaux ont acquis toute leur force et leur vigueur, ce que l'on doit éviter, ce sont les rixes et les querelles; quand on est arrivé à la vieillesse, que le sang et les esprits vitaux tombent dans un état de langueur, ce que l'on doit éviter, c'est le désir d'amasser des richesses.

8. KHOUNG-TSEU dit: Il y a trois choses que l'homme supérieur révère: il révère les décrets du ciel, il révère les grands hommes, il révère les paroles des saints.

Les hommes vulgaires ne connaissent pas les décrets du ciel, et par conséquent ils ne les révèrent pas; ils font peu de cas des grands hommes, et ils se jouent des paroles des saints.

9. KHOUNG-TSEU dit: Ceux qui, du jour même de leur naissance, possèdent la science, sont les hommes du premier ordre [supérieurs à tous les autres]; ceux qui, par l'étude, acquièrent la science, viennent après eux; ceux qui, ayant l'esprit lourd et épais, acquièrent cependant des connaissances par l'étude, viennent ensuite; enfin ceux qui, ayant l'esprit lourd et épais, n'étudient pas et n'apprennent rien, ceux-là sont du dernier rang parmi les hommes.

10. KHOUNG-TSEU dit: L'homme supérieur, ou l'homme accompli dans la vertu, a neuf sujets principaux de méditations: en regardant, il pense à s'éclairer; en écoutant, il pense à s'instruire; dans son air et son attitude, il pense à conserver du calme et de la sérénité; dans sa contenance, il pense à conserver toujours de la gravité et de la dignité; dans ses paroles, il pense à conserver toujours de la fidélité et de la sincérité; dans ses actions, il pense à s'attirer toujours du respect; dans ses doutes, il pense à interroger les autres; dans la colère, il pense à réprimer ses mouvements; en voyant des gains à obtenir, il pense à la justice.

11. KHOUNG-TSEU dit: «On considère le bien comme si on pouvait l'atteindre; on considère le vice comme si on touchait de l'eau bouillante.» J'ai vu des hommes agir ainsi, et j'ai entendu des hommes tenir ce langage.

«On se retire dans le secret de la solitude pour chercher dans sa pensée les principes de la raison; on cultive la justice pour mettre en pratique ces mêmes principes de la raison.» J'ai entendu tenir ce langage, mais je n'ai pas encore vu d'homme agir ainsi.

12. King-kong, prince de Thsi, avait mille quadriges de chevaux. Après sa mort, on dit que le peuple ne trouva à louer en lui aucune vertu. Pei et Chou-tsi moururent de faim au bas de la montagne Cheou-yang, et le peuple n'a cessé jusqu'à nos jours de faire leur éloge.