Tseu-tchang dit: Qu'entendez-vous par être bienfaisant sans prodigalité? Le Philosophe dit: Favoriser continuellement tout ce qui peut procurer des avantages au peuple, en lui faisant du bien, n'est-ce pas là être bienfaisant sans prodigalité? Déterminer, pour les faire exécuter par le peuple, les corvées qui sont raisonnablement nécessaires, et les lui imposer: qui pourrait s'en indigner? Désirer seulement tout ce qui peut être utile à l'humanité, et l'obtenir, est-ce là de la cupidité? Si l'homme supérieur [ou le chef de l'État] n'a ni une trop grande multitude de populations, ni un trop petit nombre; s'il n'a ni de trop grandes ni de trop petites affaires; s'il n'ose avoir de mépris pour personne: n'est-ce pas là le cas d'avoir de la dignité sans ostentation? Si l'homme supérieur compose régulièrement ses vêtements, s'il met de la gravité et de la majesté dans son attitude et sa contenance, les hommes le considéreront avec respect et vénération; n'est-ce pas là de la majesté sans rudesse?

Tseu-tchang dit: Qu'en tendez-vous par les quatre mauvaises actions? Le Philosophe dit: C'est ne pas instruire le peuple et le tuer [moralement, en le laissant tomber dans le mal][63]: on appelle cela cruauté ou tyrannie; c'est ne pas donner des avertissements préalables, et vouloir exiger une conduite parfaite: on appelle cela violence, oppression; c'est différer de donner ses ordres, et vouloir l'exécution d'une chose aussitôt qu'elle est résolue: on appelle cela injustice grave; de même que, dans ses rapports journaliers avec les hommes, montrer une sordide avarice, on appelle cela se comporter comme un collecteur d'impôts.

3. Le Philosophe dit: Si l'on ne se croit pas chargé de remplir une mission, un mandat, on ne peut pas être considéré comme un homme supérieur.

Si l'on ne connaît pas les rites ou les lois qui règlent les relations sociales, on n'a rien pour se fixer dans sa conduite.

Si l'on ne connaît pas la valeur des paroles des hommes, on ne les connaît pas eux-mêmes.

[57] Commentaire.

[58] Chapitre Taï-tchi, du Chou-king. Voyez la traduction que nous en avons publiée dans les Livres sacrés de l'Orient. Paris, F. Didot, 1840.

[59] Commentaire.

[60] Ibid.

[61] «Ce sont des choses qui procurent des avantages au peuple.» (Commentaire.)