«Il commence (Wen-wang) par esquisser le plan de la tour de l'Intelligence [observatoire];

Il l'esquisse, il en trace le plan, et on l'exécute;

La foule du peuple, en s'occupant de ces travaux,

Ne met pas une journée entière à l'achever.

En commençant de tracer le plan (Wou-wang) défendait de se hâter;

Et cependant le peuple accourait à l'œuvre comme un fils.

Lorsque le roi (Wou-wang) se tenait dans le parc de l'Intelligence,

Il aimait à voir les cerfs et les biches se reposer en liberté, s'enfuir à son approche;

Il aimait à voir ces cerfs et ces biches éclatants de force et de santé,

Et les oiseaux blancs, dont les ailes étaient resplendissantes.

Lorsque le roi se tenait près de l'étang de l'Intelligence,

Il se plaisait à voir la multitude des poissons dont il était plein bondir sous ses yeux.»

Wen-wang se servit des bras du peuple pour construire sa tour et pour creuser son étang; et cependant le peuple était joyeux et content de son roi. Il appela sa tour la Tour de l'Intelligence [parce qu'elle avait été construite en moins d'un jour][6]; et il appela son étang l'Étang de l'Intelligence [pour la même raison]. Le peuple se réjouissait de ce que son roi avait des cerfs, des biches, des poissons de toutes sortes. Les hommes [supérieurs] de l'antiquité n'avaient de joie qu'avec le peuple, que lorsque le peuple se réjouissait avec eux; c'est pourquoi ils pouvaient véritablement se réjouir.

Le Tchang-tchi[7] dit: «Quand ce soleil périra, nous périrons avec lui.» Si le peuple désire périr avec lui, quoique le roi ait une tour, un étang, des oiseaux et des bêtes fauves, comment pourrait-il se réjouir seul?

3. Hoeï-wang de Liang dit: Moi qui ai si peu de capacité dans l'administration du royaume, j'épuise cependant à cela toutes les facultés de mon intelligence. Si la partie de mon État située dans l'enceinte formée par le fleuve Hoang-ho vient à souffrir de la famine, alors j'en transporte les populations valides à l'orient du fleuve, et je fais passer des grains de ce côté dans la partie qui entoure le fleuve. Si la partie de mon État située à l'orient du fleuve vient à souffrir de la famine, j'agis de même. J'ai examiné l'administration des royaumes voisins; il n'y a aucun [prince] qui, comme votre pauvre serviteur, emploie toutes les facultés de son intelligence à [soulager son peuple]. Les populations des royaumes voisins, cependant, ne diminuent pas, et les sujets de votre pauvre serviteur n'augmentent pas. Pourquoi cela?

MENG-TSEU répondit respectueusement: Roi, vous aimez la guerre; permettez-moi d'emprunter une comparaison à l'art militaire: Lorsqu'au son du tambour le combat s'engage, que les lances et les sabres se sont mêlés; abandonnant leurs boucliers et traînant leurs armes, les uns fuient; un certain nombre d'entre eux font cent pas et s'arrêtent, et un certain nombre d'autres font cinquante pas et s'arrêtent: si ceux qui n'ont fui que de cinquante pas se moquent de ceux qui ont fui de cent, qu'en penserez-vous?

[Le roi] dit: Il ne leur est pas permis de railler les autres; ils n'ont fait que fuir moins de cent pas. C'est également fuir. [MENG-TSEU] dit: Roi, si vous savez cela, alors n'espérez pas voir la population de votre royaume s'accroître plus que celle des royaumes voisins.

Si vous n'intervenez point dans les affaires des laboureurs en les enlevant, par des corvées forcées, aux travaux de chaque saison, les récoltes dépasseront la consommation. Si des filets à tissu serré ne sont pas jetés dans les étangs et les viviers, les poissons de diverses sortes ne pourront pas être consommés. Si vous ne portez la hache dans les forêts que dans les temps convenables, il y aura toujours du bois en abondance. Ayant plus de poissons qu'il n'en pourra être consommé, et plus de bois qu'il n'en sera employé, il résultera de là que le peuple aura de quoi nourrir les vivants et offrir des sacrifices aux morts; alors il ne murmurera point. Voilà le point fondamental d'un bon gouvernement.

Faites planter des mûriers dans les champs d'une famille qui cultive cinq arpents de terre, et les personnes âgées pourront se couvrir de vêtements de soie. Faites que l'on ne néglige pas d'élever des poules, des chiens[8] et des pourceaux de toute espèce, et les personnes âgées de soixante et dix ans pourront se nourrir de viande. N'enlevez pas, dans les saisons qui exigent des travaux assidus, les bras des familles qui cultivent cent arpents de terre, et ces familles nombreuses ne seront pas exposées aux horreurs de la faim. Veillez attentivement à ce que les enseignements des écoles et des colléges propagent les devoirs de la piété filiale et le respect équitable des jeunes gens pour les vieillards, alors on ne verra pas des hommes à cheveux blancs traîner ou porter de pesants fardeaux sur les grands chemins. Si les septuagénaires portent des vêtements de soie et mangent de la viande, et si les jeunes gens à cheveux noirs ne souffrent ni du froid ni de la faim, toutes les choses seront prospères. Il n'y a pas encore eu de prince qui, après avoir agi ainsi, n'ait pas régné sur le peuple.

Mais, au lieu de cela, vos chiens et vos pourceaux dévorent la nourriture du peuple, et vous ne savez pas y remédier. Le peuple meurt de faim sur les routes et les grands chemins, et vous ne savez pas ouvrir les greniers publics. Quand vous voyez des hommes morts de faim, vous dites: Ce n'est pas ma faute, c'est celle de la stérilité de la terre. Cela diffère-t-il d'un homme qui, ayant percé un autre homme de son glaive, dirait: Ce n'est pas moi, c'est mon épée! Ne rejetez pas la faute sur les intempéries des saisons, et les populations de l'empire viendront à vous pour recevoir des soulagements à leurs misères.

4. Hoeï-wang de Liang dit: Moi, homme de peu de vertu, je désire sincèrement suivre vos leçons.