«Quand il n'oublie pas de guider les chevaux selon les règles de l'art,
L'archer lance ses flèches avec la plus grande précision.»
Mais je n'ai pas l'habitude de conduire un char pour un homme aussi ignorant des règles de son art. Je vous prie d'agréer mon refus.
Ainsi un cocher a honte même de se voir adjoint à un [mauvais] archer. Il ne voudrait pas y être adjoint quand même cet archer prendrait autant de bêtes fauves qu'il en faudrait pour former une colline. Que serait-ce donc si l'on faisait plier les règles de conduite les plus droites pour se mettre à la merci des princes en allant les visiter le premier! Or vous vous êtes trompé [dans votre citation]. Celui qui s'est une fois plié soi-même ne peut plus redresser les autres hommes.
2. King-tchun dit: Kong-sun-yen et Tchangni ne sont-ils pas de grands hommes? lorsque l'un d'eux s'irrite, tous les princes tremblent; lorsqu'ils restent en paix, tout l'empire est tranquille.
MENG-TSEU dit: Comment pour cela peuvent-ils être considérés comme grands? Vous n'avez donc jamais étudié le Livre des Rites? Lorsque le jeune homme reçoit le bonnet viril, le père lui donne ses instructions; lorsque la jeune fille se marie, la mère lui donne ses instructions. Lorsqu'elle se rend à la demeure de son époux, sa mère l'accompagne jusqu'à la porte, et l'exhorte en ces termes: Quand tu seras dans la maison de ton mari, tu devras être respectueuse, tu devras être attentive et circonspecte: ne t'oppose pas aux volontés de ton mari. Faire de l'obéissance et de la soumission sa règle de conduite, est la loi de la femme mariée.
Habiter constamment dans la grande demeure du monde[1]; se tenir constamment sur le droit siége du monde[2]; marcher dans la grande voie du monde[3]; quand on a obtenu l'objet de ses vœux [des emplois et des honneurs], faire part au peuple des biens que l'on possède; lorsqu'on n'a pas obtenu l'objet de ses vœux, pratiquer seul les principes de la droite raison en faisant tout le bien que l'on peut faire; ne pas se laisser corrompre par les richesses et les honneurs; rester impassible dans la pauvreté et l'abjection; ne pas fléchir à la vue du péril et de la force armée: voilà ce que j'appelle être un grand homme.
3. Tcheou-siao fit une question en ces termes: Les hommes supérieurs de l'antiquité remplissaient-ils des fonctions publiques? MENG-TSEU dit: Ils remplissaient des fonctions publiques. L'histoire dit: Si KHOUNG-TSEU passait trois lunes sans obtenir de son prince un emploi public, alors il était dans un état inquiet et triste. S'il franchissait les frontières de son pays pour aller dans un État voisin, il portait toujours avec lui des dons de bonne réception. Koung-ming-i disait: Lorsque les hommes de l'antiquité passaient trois lunes sans obtenir de leur prince des emplois publics, alors ils en étaient vivement affligés. [Tcheou-siao dit]: Si l'on est pendant trois mois sans obtenir de son prince un emploi public, et qu'on en soit vivement affligé, n'est-ce pas être beaucoup trop susceptible?
MENG-TSEU dit: Pour un lettré, perdre son emploi, c'est comme pour les princes perdre leur royaume. Le Livre des Rites dit: «Ces princes labourent la terre avec l'aide de leurs fermiers pour fournir du millet à tout le monde; leurs femmes élèvent des vers à soie, et dévident les cocons pour aider à la fabrication des vêtements.»
Si la victime n'est pas parfaitement propre au sacrifice, si le millet que l'on doit offrir n'est pas mondé, si les vêtements ne sont pas préparés, le prince n'ose pas faire la cérémonie aux ancêtres.
Si le lettré n'a pas un champ [comme les fonctions publiques donnent droit d'en avoir un], alors il ne fait pas la cérémonie à ses ancêtres; si la victime qui doit être immolée, si les ustensiles et les vêtements ne sont pas préparés, il n'ose pas se permettre de faire la cérémonie aux ancêtres; alors il n'ose pas se procurer la moindre joie. Cela ne suffit-il pas pour qu'il soit dans l'affliction?