6. MENG-TSEU dit: Il n'est pas difficile d'exercer le gouvernement: il ne faut pas s'attirer de ressentiments de la part des grandes maisons. Ce que ces grandes maisons désirent, un des royaumes [qui constituent l'empire] le désire aussi; ce qu'un royaume désire, l'empire le désire aussi. C'est pourquoi les instructions et les préceptes de vertus se répandront comme un torrent jusqu'aux quatre mers.
7. MENG-TSEU dit: Lorsque la droite règle de la raison est suivie dans l'empire, la vertu des hommes inférieurs sert la vertu des hommes supérieurs; la sagesse des hommes inférieurs sert la sagesse des hommes supérieurs. Mais, quand la droite règle de la raison n'est pas suivie dans l'empire, les petits servent les grands, les faibles servent les forts [ce qui est contraire à la raison]. Ces deux états de choses sont réglés par le ciel. Celui qui obéit au ciel est conservé; celui qui lui résiste périt.
King-koung, prince de Thsi, a dit: «Lorsqu'un prince ne peut pas commander aux autres, si en outre il ne veut recevoir d'ordres de personne, il se sépare par cela même des autres hommes. Après avoir versé beaucoup de larmes, il donne sa fille en mariage au prince barbare du royaume de Ou.»
Maintenant les petits royaumes imitent les grands royaumes, et cependant ils rougissent d'en recevoir des ordres et de leur obéir. C'est comme si des disciples rougissaient de recevoir des ordres de leur maître plus âgé qu'eux, et de lui obéir.
Si les petits royaumes rougissent d'obéir aux autres, il n'est rien de meilleur pour eux que d'imiter Wen-wang. [En le prenant pour exemple], un grand royaume après cinq ans, un petit royaume après sept ans, exerceront assurément le pouvoir souverain dans l'empire.
Le Livre des Vers[10] dit:
«Les descendants de la famille des Chang
Étaient au nombre de plus de cent mille.
Lorsque l'empereur suprême (Chang-ti) l'eut ordonné [en transmettant l'empire à une autre famille],
Ils se soumirent aux Tcheou.
Ils se soumirent aux Tcheou,
Parce que le mandat du ciel n'est pas éternel.
Les ministres de la famille Yn (ou Chang), doués de perspicacité et d'intelligence,
Versant le vin des sacrifices, servent dans le palais impérial.»
KHOUNG-TSEU dit: Comme le nouveau souverain était humain, on ne peut pas considérer ceux qui lui étaient opposés comme nombreux. Si le chef d'un royaume aime l'humanité, il n'aura aucun ennemi ou adversaire dans l'empire.
Maintenant, si l'on désire n'avoir aucun ennemi ou adversaire dans l'empire, et que l'on ne fasse pas usage de l'humanité [pour arriver à ce but], c'est comme si l'on voulait prendre un fer chaud avec la main, sans l'avoir auparavant trempé dans l'eau.
Le Livre des Vers[11] dit: