C'est pourquoi ceux qui expliquent les vers ne doivent pas, en s'attachant à un seul caractère, altérer le sens de la phrase, ni, en s'attachant trop étroitement à une seule phrase, altérer le sens général de la composition. Si la pensée du lecteur [ou de celui qui explique les vers] va au-devant de l'intention du poëte, alors on saisit le véritable sens. Si l'on ne s'attache qu'à une seule phrase, celle de l'ode qui commence par ces mots: Que la voie lactée s'étend loin dans l'espace[7], et qui est ainsi conçue[8]: Des débris de la population aux cheveux noirs de Tcheou, il ne reste pas un enfant vivant, signifierait, en la prenant à la lettre, qu'il n'existe plus un seul individu dans l'empire de Tcheou!

S'il est question du plus haut degré de la piété filiale, rien n'est aussi élevé que d'honorer ses parents. S'il est question de la plus grande marque d'honneur que l'on puisse témoigner à ses parents, rien n'est comparable à l'entretien qu'on leur procure sur les revenus de l'État. Comme [Kou-seou] était le père du fils du Ciel, le combler d'honneurs était pour ce dernier la plus haute expression de sa piété filiale; et, comme il l'entretint avec les revenus de l'empire, il lui donna la plus grande marque d'honneur qu'il pouvait lui donner.

Le Livre des Vers[9] dit:

«Il pensait constamment à avoir de la piété filiale,

Et par sa pieté filiale il fut un exemple à tous.»

Voilà ce que j'ai voulu dire.

On lit dans le Chou-king[10]:

«Toutes les fois que Chun visitait son père Kou-seou pour lui rendre ses devoirs, il éprouvait un sentiment de respect et de crainte. Kou-seou aussi déférait à ses conseils.» Cela confirme [ce qui a été dit précédemment] que l'on ne peut pas faire d'un père un fils.

5. Wen-tchang dit: Est-il vrai que l'empereur Yao donna l'empire à Chun?

MENG-TSEU dit: Aucunement. Le fils du Ciel ne peut donner ou conférer l'empire à aucun homme.

Wen-tchang dit: Je l'accorde; mais alors Chun ayant possédé l'empire, qui le lui donna?