—Celui qui fait le guet à la porte de la ville, celui qui fait résonner la crécelle de bois, ont, l'un et l'autre, un emploi permanent qui leur donne droit à être nourris aux dépens des revenus ou impôts du prince. Ceux qui, n'occupant plus d'emplois publics permanents, reçoivent des dons du prince, sont considérés comme manquant du respect que l'on se doit à soi-même.
—Je sais maintenant que si le prince fournit des aliments au lettré, il peut les recevoir; mais j'ignore si ces dons doivent être continués.
—Mou-koung se conduisit ainsi envers Tseu-sse: il envoyait souvent des hommes pour prendre des informations sur son compte [pour savoir s'il était en état de se passer de ses secours][33]; et il lui envoyait souvent des aliments de viande cuite. Cela ne plaisait pas à Tseu-sse. A la fin, il prit les envoyés du prince par la main et les conduisit jusqu'en dehors de la grande porte de sa maison; alors, le visage tourné vers le nord, la tête inclinée vers la terre, et saluant deux fois les envoyés, sans accepter leurs secours, il dit: «Je sais dès maintenant que le prince me nourrit, moi Ki, comme si j'étais un chien ou un cheval.» Or, de ce moment-là, les gouverneurs et premiers administrateurs des villes n'ont plus alimenté [les lettrés]; cependant, si lorsqu'on aime les sages on ne peut les élever à des emplois, et qu'en outre on ne puisse leur fournir ce dont ils ont besoin pour vivre, peut-on appeler cela aimer les sages?
Wen-tchang dit: Oserais-je vous faire une question: Si le prince d'un royaume désire alimenter un sage, que doit-il faire dans ce cas pour qu'on puisse dire qu'il est véritablement alimenté?
MENG-TSEU dit: Le lettré doit recevoir les présents ou les aliments qui lui sont offerts par l'ordre du prince en saluant deux fois et en inclinant la tête. Ensuite les gardiens des greniers royaux doivent continuer les aliments, les cuisiniers doivent continuer d'envoyer de la viande cuite, sans que les hommes chargés des ordres du prince les lui présentent de nouveau[34].
Tseu-sse se disait en lui-même: «Si pour des viandes cuites on me tourmente de manière à m'obliger à faire souvent des salutatious de remercîment, ce n'est pas là un mode convenable de subvenir à l'entretien des sages.»
Yao se conduisit de la manière suivante envers Chun: il ordonna à ses neuf fils de le servir; il lui donna ses deux filles en mariage; il ordonna à tous les fonctionnaires publics de fournir des bœufs, des moutons, de remplir des greniers pour l'entretien de Chun au milieu des champs; ensuite il l'éleva aux honneurs et lui conféra une haute dignité. C'est pourquoi il est dit avoir honoré un sage selon un mode convenable à un souverain ou à un prince.
7. Wen-tchang dit: Oserais-je vous faire une question: Pourquoi un sage ne va-t-il pas visiter les princes[35]?
MENG-TSEU dit: S'il est dans leur ville principale, on dit qu'il est le sujet de la place publique et du puits public; s'il est dans la campagne, on dit qu'il est le sujet des herbes forestières. Ceux qui sont dans l'un et l'autre cas, sont ce que l'on nomme les hommes de la foule[36]. Les hommes de la foule qui n'ont pas été ministres, et n'ont pas encore offert de présents au prince, n'osent pas se permettre de lui faire leur visite; c'est l'usage.
Wen-tchang dit: Si le prince appelle les hommes de la foule pour un service exigé, ils vont faire ce service. Si le prince, désirant les voir, les appelle auprès de lui, ils ne vont pas le voir; pourquoi cela?