Allez, et répondez à celui qui vous a interrogé par ces paroles: Si, en rompant un bras à votre frère aîné, vous lui prenez des aliments, alors vous aurez de quoi vous nourrir; mais si, en ne le lui rompant pas, vous ne pouvez obtenir de lui des aliments, le lui romprez-vous?

Si en pénétrant à travers le mur dans la partie orientale[3] d'une maison voisine, vous en enlevez la jeune fille, alors vous obtiendrez une épouse; si vous ne l'enlevez pas, vous n'obtiendrez pas d'épouse; alors l'enlèverez-vous?

2. Kiao [frère cadet du roi] de Thsao fit une question en ces termes: Tous les hommes, dit-on, peuvent être des Yao et des Chun; cela est-il vrai?

MENG-TSEU dit: Il en est ainsi.

Kiao dit: Moi Kiao, j'ai entendu dire que Wen-wang avait dix pieds de haut, et Thang neuf[4]; maintenant, moi Kiao, j'ai une taille de neuf pieds quatre pouces, je mange du millet, et rien de plus [je n'ai pas d'autres talents que cela]. Comment dois-je faire pour pouvoir être [un Yao ou un Chun]?

MENG-TSEU dit: Pensez-vous que cela consiste dans la taille? Il faut faire ce qu'ils ont fait, et rien de plus.

Je suppose un homme en ce lieu. Si ses forces ne peuvent pas lutter contre celles du petit d'un canard, alors c'est un homme sans forces. Mais s'il dit: Je puis soulever un poids de cent Kiun [ou trois cents livres chinoises], c'est un homme fort. S'il en est ainsi, alors il soulève le poids que soulevait le fameux Ou-hoë; c'est aussi par conséquent un autre Ou-hoë, et rien de plus. Pourquoi cet homme s'affligerait-il de ne pas surpasser (Yao et Chun) en forces corporelles? c'est seulement de ne pas accomplir leurs hauts faits et pratiquer leurs vertus qu'il devrait s'affliger.

Celui qui, marchant lentement, suit ceux qui sont plus avancés en âge, est appelé plein de déférence; celui qui, marchant rapidement, devance ceux qui sont plus avancés en âge, est appelé sans déférence. Une démarche lente [pour témoigner sa déférence] dépasse-t-elle le pouvoir de l'homme? Ce n'est pas ce qu'il ne peut pas, mais ce qu'il ne fait pas. La principale règle de conduite de Yao et de Chun était la piété filiale, la déférence envers les personnes plus âgées, et rien de plus.

Si vous revêtez les habillements de Yao, si vous tenez les discours de Yao, si vous pratiquez les actions de Yao, vous serez Yao, et rien de plus.

Mais si vous revêtez les habillements de Kie, si vous tenez les discours de Kie, si vous pratiquez les actions de Kie, vous serez Kie, et rien de plus.