Quand même on pourrait prendre [la ville de Nan-yang] sans coup férir, et l'adjoindre au royaume de Lou, un homme humain ne le ferait pas; à plus forte raison ne le ferait-il pas s'il fallait la prendre en tuant des hommes.
L'homme supérieur qui sert son prince [comme il doit le servir] doit exhorter son prince à se conformer à la droite raison, à appliquer sa pensée à la pratique de l'humanité, et rien de plus.
9. MENG-TSEU dit: Ceux qui aujourd'hui servent les princes [leurs ministres] disent: «Nous pouvons, pour notre prince, épuiser la fécondité de la terre, et remplir les greniers publics.» Ce sont ceux-là que l'on appelle aujourd'hui de bons ministres, et qu'autrefois on appelait des spoliateurs du peuple.
Si les ministres cherchent à enrichir le prince qui n'aspire pas à suivre la droite raison, ni à appliquer sa pensée à la pratique de l'humanité, c'est chercher à enrichir le tyran Kie.
Ceux qui disent: «Nous pouvons pour notre prince faire des traités avec des royaumes; si nous engageons une guerre, nous avons l'assurance de vaincre:» ce sont ceux-là que l'on nomme aujourd'hui de bons ministres, et qu'autrefois on appelait des spoliateurs des peuples.
Si les ministres cherchent à livrer des batailles pour le prince qui n'aspire pas à suivre la droite raison, ni à appliquer sa pensée à la pratique de l'humanité, c'est adjoindre des forces au tyran Kie.
Si ce prince suit la règle de conduite des ministres d'aujourd'hui, et qu'il ne change pas les usages actuels, quand même vous lui donneriez l'empire, il ne pourrait pas seulement le conserver un matin.
10. Pe-koueï dit: Moi je désirerais, sur vingt, ne prélever qu'un. Qu'en pensez-vous?
MENG-TSEU dit: Votre règle pour la levée de l'impôt est la règle des barbares des régions septentrionales.
Dans un royaume de dix mille maisons, si un seul homme exerce l'art de la poterie, pourra-t-il suffire à tous les besoins?