16. Le Philosophe dit: Opposez-vous aux principes différents des véritables[9]; ils sont dangereux et portent à la perversité[10].
17. Le Philosophe dit: Yeou, savez-vous ce que c'est que la science? Savoir que l'on sait ce que l'on sait, et savoir que l'on ne sait pas ce que l'on ne sait pas: voilà la véritable science.
18. Tseu-tchang étudia dans le but d'obtenir les fonctions de gouverneur. Le Philosophe lui dit: Écoutez beaucoup, afin de diminuer vos doutes; soyez attentif à ce que vous dites, afin de ne rien dire de superflu; alors vous commettrez rarement des fautes. Voyez beaucoup, afin de diminuer les dangers que vous pourriez courir en n'étant pas informé de ce qui se passe. Veillez attentivement sur vos actions, et vous aurez rarement du repentir. Si dans vos paroles il vous arrive rarement de commettre des fautes, et si dans vos actions vous trouvez rarement une cause de repentir, vous possédez déjà la charge à laquelle vous aspirez.
19. Ngaï-koung (prince de Lou) fit la question suivante: Comment ferai-je pour assurer la soumission du peuple? KHOUNG-TSEU lui répondit: Élevez, honorez les hommes droits et intègres; abaissez, destituez les hommes corrompus et pervers, alors le peuple vous obéira. Élevez, honorez les hommes corrompus et pervers; abaissez, destituez les hommes droits et intègres, et le peuple vous désobéira.
20. Ki-kang (grand du royaume de Lou) demanda comment il faudrait faire pour rendre le peuple respectueux, fidèle, et pour l'exciter à la pratique de la vertu. Le Philosophe dit: Surveillez-le avec dignité et fermeté, et alors il sera respectueux; ayez de la piété filiale et de la commisération, et alors il sera fidèle; élevez aux charges publiques et aux honneurs les hommes vertueux, et donnez de l'instruction à ceux qui ne peuvent se la procurer par eux-mêmes, alors il sera excité à la vertu.
21. Quelqu'un parla ainsi à KHOUNG-TSEU: Philosophe, pourquoi n'exercez-vous pas une fonction dans l'administration publique? Le Philosophe dit: On lit dans le Chou-king[11]: «S'agit-il de la piété filiale? Il n'y a que la piété filiale et la concorde entre les frères de différents âges, qui doivent être principalement cultivées par ceux qui occupent des fonctions publiques: ceux qui pratiquent ces vertus remplissent par cela même des fonctions publiques d'ordre et d'administration.»
Pourquoi considérer seulement ceux qui occupent des emplois publics comme remplissant des fonctions publiques?
22. Le Philosophe dit: Un homme dépourvu de sincérité et de fidélité est un être incompréhensible à mes yeux. C'est un grand char sans flèche, un petit char sans timon; comment peut-il se conduire dans le chemin de la vie?
23. Tseu-tchang demanda si les événements de dix générations pouvaient être connus d'avance.
Le Philosophe dit: Ce que la dynastie des Yn (ou des Chang) emprunta à celle des Hia en fait de rites et de cérémonies, peut être connu; ce que la dynastie des Tcheou (sous laquelle vivait le Philosophe) emprunta à celle des Yn en fait de rites et de cérémonies, peut être connu. Qu'une autre dynastie succède à celle des Tcheou[12] alors même les événements de cent générations pourront être prédits[13].