Tsouï-tseu (grand du royaume de Thsi), ayant assassiné le prince de Thsi, Tchin-wen-tseu (également grand dignitaire, ta-fou, de l'État de Thsi), qui possédait dix quadriges (ou quarante chevaux de guerre), s'en défit, et se retira dans un autre royaume. Lorsqu'il y fut arrivé, il dit: «Ici aussi il y a des grands comme notre Tsouï-tseu.» Il s'éloigna de là, et se rendit dans un autre royaume. Lorsqu'il y fut arrivé, il dit encore: «Ici aussi il y a des grands comme notre Tsouï-tseu.» Et il s'éloigna de nouveau. Que doit-on penser de cette conduite? Le Philosophe dit: Il était pur.—Etait-ce de l'humanité? [Le Philosophe] dit: Je ne le sais pas encore; pourquoi [dans sa conduite toute naturelle] vouloir trouver la grande vertu de l'humanité?
19. Ki-wen-tseu (grand du royaume de Lou) réfléchissait trois fois avant d'agir. Le Philosophe ayant entendu ces paroles, dit: Deux fois peuvent suffire.
20. Le Philosophe dit: Ning-wou-tseu (grand de l'État de Weï), tant que le royaume fut gouverné selon les principes de la droite raison, affecta de montrer sa science; mais, lorsque le royaume ne fut plus dirigé par les principes de la droite raison, alors il affecta une grande ignorance. Sa science peut être égalée; sa [feinte] ignorance ne peut pas l'être.
21. Le Philosophe étant dans l'État de Tchin s'écria: Je veux m'en retourner! je veux m'en retourner! les disciples que j'ai dans mon pays ont de l'ardeur, de l'habileté, du savoir, des manières parfaites; mais ils ne savent pas de quelle façon ils doivent se maintenir dans la voie droite.
22. Le Philosophe dit: Pe-i et Chou-tsi[30] ne pensent point aux fautes que l'on a pu commettre autrefois [si l'on a changé de conduite]; aussi il est rare que le peuple éprouve des ressentiments contre eux.
23. Le Philosophe dit: Qui peut dire que Weï-sang-kao était un homme droit? Quelqu'un lui ayant demandé du vinaigre, il alla en chercher chez son voisin pour le lui donner.
24. Le Philosophe dit: Des paroles fleuries, des manières affectées, et un respect exagéré, voilà ce dont Tso-kieou-ming rougit. Moi KHIEOU (petit nom du Philosophe) j'en rougis également. Cacher dans son sein de la haine et des ressentiments en faisant des démonstrations d'amitié à quelqu'un, voilà ce dont Tso-kieou-ming rougit. Moi KHIEOU, j'en rougis également.
25. Yen-youan et Ki-lou étant à ses côtés, le Philosophe leur dit: Pourquoi l'un et l'autre ne m'exprimez-vous pas votre pensée? Tseu-lou dit: Moi, je désire des chars, des chevaux, des pelisses fines et légères, pour les partager avec mes amis. Quand même ils me les prendraient, je n'en éprouverais aucun ressentiment.
Yen-youan dit: Moi, je désire de ne pas m'enorgueillir de ma vertu ou de mes talents, et de ne pas répandre le bruit de mes bonnes actions.
Tseu-lou dit: Je désirerais entendre exprimer la pensée de notre maître. Le Philosophe dit: Je voudrais procurer aux vieillards un doux repos; aux amis et à ceux avec lesquels on a des relations, conserver une fidélité constante; aux enfants et aux faibles, donner des soins tout maternels[31].