Ébourgeonnage.—Pour favoriser le développement du bourgeon terminal, on pincera très-courtes deux ou trois bourgeons qui en sont les plus rapprochés, à moins que le premier n'ait fourni une pousse trop faible; il faudrait alors le remplacer par le plus vigoureux et le plus rapproché de l'extrémité. On choisira parmi les autres les mieux placés pour en former des membres à la taille suivante, en observant toujours qu'ils ne doivent jamais être placé juste au-dessus de ceux de l'année précédente; car les membres d'une quenouille doivent être disposés de manière que, partant de l'insertion du premier membre, les autres tournent en spirale autour de la tige. On pincera également les deux ou trois bourgeons les plus rapprochés du rameau terminal de chaque bras, et on enlèvera sur chaque membre tous les bourgeons qui naîtront dessus et dessous. On pincera, sur les membres de l'année précédente, les bourgeons qui poussent trop vigoureusement; puis on taillera des brindilles à 0m,16 ou 0m,18 de longueur. La taille des rameaux terminaux sera proportionnée à la vigueur de l'arbre, et l'on taillera toujours sur l'œil le mieux placé pour les prolonger suivant leur position. Les autres rameaux seront taillés à environ 0m,05, même ceux qui ont été pincés à l'ébourgeonnage; les brindilles qui ont donné du fruit le seront à 0m,12 ou 0m,15, et si celles qui ont été rompues à l'ébourgeonnage avaient poussé, il faudrait les tailler au-dessus de la pousse.

On protégera successivement l'établissement des branches fruitières, et l'on surveillera celles qui pousseraient trop vigoureusement, de manière qu'il ne puisse se former de gourmands sur aucune partie de l'arbre; enfin, on traitera les quenouilles la seconde année comme on les a traitées la première, et ainsi de suite; seulement, à chaque taille, les opérations deviendront plus compliquées.

Comme souvent il arrive que les membres d'une quenouille tendent à s'élever verticalement, ce qui est non-seulement contraire aux principes, mais encore préjudiciable au développement ultérieur de l'arbre (car alors ces membres poussent avec une telle vigueur qu'ils absorbent une forte partie de la séve nécessaire à la végétation des autres membres), il faut, dans cette circonstance, chercher le moyen de remédier à un pareil état de choses. Souvent on a recours à de petits arcs-boutants; mais comme ce moyen présente beaucoup de difficultés et de graves inconvénients, nous allons faire connaître un procédé communiqué à la Société centrale d'horticulture par M. Chevalier Gérolme: «J'ai placé quatre piquets au pied de chaque pyramide, avec une encoche de 0m,028 à la tête de chacun; j'y ai attaché un cercle avec de fil du fer à 0m,081 d'élévation du sol, afin de pouvoir biner et nettoyer. Avec ce simple appareil, que j'appelle treillage horizontal, et qui m'offre les ressources d'un mur à la Montreuil, je deviens maître de mon arbre. Muni d'une grande quantité de loques en cuir percées aux deux bouts et d'une botte d'osier, je prends la branche à incliner, petite ou grosse, courte ou longue, n'importe; à l'endroit convenable je la cerne de ma loque, que je ferme avec l'un des bouts d'un brin d'osier, dont je viens arrêter l'autre sur le cercle à la place que réclame l'inflexion de la branche ou le vide de l'arbre. Avec ce procédé, j'ai pu rectifier mille irrégularités indépendantes de la taille, comme proportionner les espaces, détruire la confusion qui existe toujours dans les pyramides, faciliter la circulation de l'air, le mouvement de la lumière; en un mot, satisfaire à toutes les conditions de développement et d'équilibre qui jusqu'alors n'avaient point été remplies.»

2. Poiriers en espalier.

Pour former un espalier de Poiriers on prendra des arbres nains, jeunes et vigoureux, et on les plantera de préférence à l'est ou à l'ouest. On peut les élever sous plusieurs formes, mais nous considérons celles en éventail (fig. [21]) et en palmette (fig. [22] et fig. [23]) comme les plus faciles à diriger et les plus avantageuses. Les Poiriers que l'on veut former en éventail seront plantés à 5m,33, 6m,66 ou 8 mètres l'un de l'autre, selon la nature du terrain et la hauteur des murs, et l'on donnera la préférence aux arbres greffés de l'année. On les rabattra de manière à obtenir cinq bourgeons de chaque côté pour former la charpente de l'arbre.

Fig. 21.—Poirier en éventail.

Si la première année, l'on n'obtenait pas le nombre de bourgeons nécessaire pour former l'arbre, il faudrait diriger verticalement le bourgeon terminal pour prolonger la tige, et l'année suivante on le rabattra de manière à obtenir les membres a, b, c, d, e. À mesure que les bourgeons se développeront, on les palissera, en les plaçant aussi parallèlement que possible et à égale distance l'un de l'autre. On pincera l'extrémité de ceux qui pousseraient plus vigoureusement que les autres, de telle sorte que chaque membre ait une végétation à peu près égale. On pincera aussi très-court les bourgeons placés devant et derrière les branches, pour les démonter par suite de la taille.

Par l'ébourgeonnage, on favorisera le prolongement du bourgeon terminal de chaque membre, et l'on pincera très-court tous ceux qui sont mal placés. Aux tailles suivantes, on établira sur chaque membre successivement, et selon le besoin, des branches de bifurcation, f, g, h, i (fig. [21]), pour remplir les intervalles.

Pour compléter la régularité des Poiriers cultivés en espalier, on peut, indépendamment de ce que nous avons indiqué pour ceux qui sont élevés en quenouille, avoir recours à la greffe par approche, ce qui doit se faire de la manière suivante. À l'époque où les bourgeons sont encore il l'état herbacé, on choisit le plus rapproché de la place où l'on a besoin d'établir un membre, on l'abaisse avec précaution afin de ne pas le rompre, et, après avoir fait une plaie longitudinale sur chaque partie, on les applique l'une sur l'autre, puis on les maintient dans cette position au moyen d'une ligature que l'on desserre aussitôt après la reprise de la greffe; lorsque le bourgeon est arrivé à l'état ligneux, on fait une entaille à mi-bois, juste au-dessous de la greffe, mais on ne sèvre complétement celle-ci qu'à l'époque de la taille. On peut sans inconvénient placer sur le même arbre autant de greffes qu'il est nécessaire; ce que nous avons été à même d'observer sur un espalier de Poiriers confié aux soins de M. Fourquet, habile horticulteur, qui, à l'aide de la greffe par approche, est parvenu en très-peu de temps à donner une forme régulière à des Poiriers dont les membres étaient dans un désordre complet.