LES ARBRES SE PROMÈNENT (Nouveaux boulevards)
Quand on habite Paris, rien n'est difficile comme de rester chez soi.—La ville contient tant de spectacles alléchants, de distractions payantes ou gratuites, que la tentation devient bien souvent la plus forte et qu'on abandonne son foyer, attiré qu'on est par le charme de la rue.—On ne sait pas ce qu'on va voir, mais on est sûr qu'on verra quelque chose, et que ce quelque chose sera du nouveau.—La curiosité est si forte à Paris que les arbres eux-mêmes la subissent et se mettent en mouvement.—Le fait certain, c'est qu'on les rencontre, et pour quel autre motif se déplaceraient-ils?
LA SIESTE DES HOMMES-AFFICHES (Place de la Concorde)
Il est midi. C'est l'heure des déjeuners, et, comme la Réclame sait que ventre affamé n'a pas plus d'yeux que d'oreilles, elle se repose. Les véhicules enluminés stationnent alignés au bas des trottoirs, pendant que leurs attelages étirent leurs membres fatigués et allument la réconfortante cigarette.—Pour être immobiles, ces véhicules n'en conservent pas moins leur aspect hétéroclite pour tous, terrifiant pour les quadrupèdes, et comme leur station quotidienne coïncide avec la rentrée des manèges, elle met au désespoir les écuyers chargés de veiller sur les premiers pas des jeunes amazones, dont les montures consternées manifestent de diverses manières leur invincible répugnance.