D'un geste ému, M. Triphon exprima sa gratitude pour ces paroles conciliantes. La gêne devenait moins pesante; un certain rapprochement semblait vouloir s'établir. Il tâta dans sa poche, prit son étui à cigares et l'ouvrit.
—Un cigare, père Neyrinck? demanda-t-il en s'approchant de lui.
—Oh! ça n'est pas nécessaire, monsieur Triphon, répondit le père avec un sourire de convoitise vers l'étui.
—Si fait, si, si, insista M. Triphon, qui lui donna trois beaux cigares.
—Je vous remercie beaucoup, monsieur Triphon; j'en fumerai un après que j'aurai mangé, dit le père.
Et il prit le cadeau avec précaution, entre ses gros doigts tremblants.
M. Triphon se tourna vers Maurice, qui sourit en rougissant légèrement.
En recevant, lui aussi trois cigares il regarda ses soeurs, d'un air
presque triomphant. Tout de suite il en alluma un.
—Est-ce qu'on mange bientôt? demanda doucement le père à sa femme.
—C'est prêt; dans cinq minutes, répondit-elle.
Elle défit le lourd chaudron de son crochet au-dessus de l'âtre et versa le contenu dans une large terrine de grès rouge. Une bonne odeur de soupe au lait de beurre se répandit dans la cuisine. Les jeunes filles rangeaient leurs coussins. M. Triphon se leva pour partir. Kaboul, qui en avait envie depuis longtemps, d'impatience fit entendre un long baillement sonore et sautilla en dansant vers les genoux de son maître.
—Kaboul, un bout de susucre? dit Maurice en caressant le petit chien.