Je le sçay, je l'ay veu sans offenser ma veue,
La fille fut espointe, et doucement esmeuë,
D'un feu tout virginal, dout les traces je vis.
Elle ne s'oubliant recourt aux doux devis
De Pallas, à sa plume, ensemble à sa quenouille:
Ne permets, ô Pallas (dit-ell'), que je me souille.
Ce dit, ses pensements restent aussi entiers
Comme font ces grands rocs, ou Roches de Poictiers.
Ainsi sur les papiers veillant et sur la laine,
Ell' vainquit le Demon de Sapphon la vilaine,
Et la Puce-Demon en l'air s'esvapora.
Ou si c'est une Puce, elle ne s'engendra,
Comme les autres font, d'une vilaine ordure,
Ains est du chien d'en haut la vraie creature,
Descendue du ciel avec Astrée icy,
Astrée de Poictiers et Poictou le soucy,
Laquelle avecq' Harlay par un commun office,
Desirant restablir l'ancienne justice,
Tout soudain le logis du grand Harlay a pris,
Et la Puce le sein d'une sage Cypris.
L'une et l'autre jouant diversement son roolle,
A fait aux beaux esprits, renaistre la parolle,
Qui trompettent d'un ton et chant au ciel ravy
La Puce, la Pucelle, et l'Astrée à l'envy,
Tellement que la Puce et Pucelle sont prestes
D'estre au ciel, par nos vers, deux beaux Astres celestes.
E. Pasquier.
CHANSON.
Io! belle pepiniere,
La fidelle jardiniere
Des fleurs et fruits d'Helicon,
Chantons, brigade, la gloire
Des neuf filles de memoire
Et de leur frere Apollon.
Ainçois plustost de l'Astrée
Dedans le Poictou r'entrée
Sous Harlay, le grand guerrier,
Lequel, armé de justice,
A exterminé le vice,
Ceignant son front de laurier.
Chantons encor' la Pucelle
Qui toutes autres precelle,
Des vertus le parangon,
Et cette Puce bien née
Qui, sage, s'est obstinée
De fureter son teton.
Pucelle en qui la nature,
Aux autres avare et dure,
A prodigué tout son beau,
Pour puis apres, l'ayant faicte
Une Pandore parfaicte,
En faire un Astre nouveau,
Jusques à ce qu'elle meure,
Fay, Astrée, ta demeure
En France au meillieu de nous.
Si sa mort te donne envie
De reprendre au ciel ta vie,
Nous te prions à genous