Si tost que Cupidon entend
Des Nymphes le plaintif accent,
Ha, dict-il, voicy belle prise:
Ainsi d'un amoureux desir
La bergere de trop dormir
Son amy reprend et mesprise:

Alors l'oiseau Cytherien,
Oubliant son vol ancien,
Se vint parquer au milieu d'elles.
C'est icy, dict-il, où il faut
Esprouver si le cœur me faut
Et l'effet à mes estincelles.

Les Nymphes l'aiant aperceu,
Comme un enfançon l'ont receu,
Egaré de sa triste mere.
Ne cognoissant pas qu'il estoit,
Chacune à tour le baisottoit
D'une faveur non coutumiere.

Amour s'apprivoise, et soudain
Il cache en sa petite main
Une flamme vive et segrette,
Il se mire au sein le plus beau
Et range son petit flambeau
En vain sur le cœur de Rochette.

De fortune, entre le destour
De son teton franc de l'amour
Une Puce faisoit son giste,
Qui pour son hostesse vanger
Piqua le bras porte danger,
Y traçant sa marque petite.

Soudain Amour, remply de dueil,
La plaie au bras, la larme à l'œil,
S'envolle au secour de sa mere,
Disant, un petit chose noir
M'a piqué, vous y pouvez voir
La flamme et la place meurtriere.

C'est, dict-il, c'est un Serpenteau
Qui va sautellant sur la peau,
Puce est nommé par les Pucelles.
Las! je n'eusse jamais pensé
D'un si petit estre offensé
Si pres de mes flammes mortelles.

Lors Venus, souriant, voy-tu,
Vois-tu, dit-elle, sa vertu
A la tienne du tout semblable?
Sinon que petit, aux grans dieux
Et aux humains dardant tes feux,
Tu fais une plaie incurable.
Cl. Binet.


A ANTHOINE LOISEL.