Un Elephant et un Grifon
Sont plus grands que toy de corsage,
Mais si nous posons ton renom,
Tu as bien sur eux l'avantage.

Un Elephant, si grand soit-il,
Ne peut musser sa grandeur vaine
Au beau sein où toy, plus subtil,
Puce, tu caches ton ebene.

Un Elephant ne pourroit pas,
Comme l'oyseau porte-tonnerre,
Par l'air subtil guider ses pas,
Sans se laisser tomber à terre.

Mais toy tu fais encore mieux
Que cest oyseau qui son œil darde
Vers le plus clair flambeau des cieux,
Car seulement il le regarde.

Toy, tu as trop mieux regardé,
Puis franchi d'un brave courage,
De plein vol, et puis possedé
Le plus bel astre de nostre âge.

Volans droit, tu sçeus te percher
Sur cette colline jumelle
Où devant toy se vint nicher
La Muse et la Grace avec elle.

Icarus ainsi ne vola
Avecques sa plume cirée;
Mais en trebuchant il bailla
Le nom à la mer Icarée.

C'est pourquoy je ne pense pas
Que comme une Puce commune
Tu nous apparaisse icy bas,
Ton vol ne despend de fortune.

Tu es quelque Demon mussé
Finement là, si dire j'ose;
Tu es Apollon deguisé
Dessous cette Metamorphose.

Apollon a jadis hanté
Son Helicon et son Parnasse,
Et s'en est longtemps contenté,
Fuyant le bruit du populace,