Puce que tant de bons espris
Pour sujet de leurs vers ont pris,
Qui t'ont trouvée si habile
Que, la Muse les échaufant,
Ils t'ont fait un grand Elefant,
Par leur invention gentille,
Tu as eu cet heur aux Grans jours,
Aussi c'est volontiers tousjours
Le temps que tu te fais conoistre,
Quand le Soleil plus haut monté,
Des moites chaleurs de l'esté
Dans la poussiere te fait naistre.
Mais s'il se falloit amuser
A la verité deguiser
D'une flateuse couverture,
J'aymerois mieux chanter le poux,
Qui s'engendre et se paist de noux
Plus amy de nostre nature.
Je dirois la punaise aussi,
Et le morpion racoursi,
Qui s'attache à nostre substance;
Mais je ne sceu jamais traiter
Un sujet où il faut vanter
Le mal contre la conscience.
Ceux qui t'elevent jusqu'aux cieux
Toutesfois ne t'ayment pas mieux
Que moy qui te blasme et despite;
Et quand visiter les voudras,
Ils te chasseront de leurs dras,
Pour belle qu'ils t'ont descrite.
Encor dit-on que l'argument
Où ils ont pris le fondement
De te louer par artifice
Meritoit mieux d'estre vangé,
Et à ces Grans jours corrigé
Par les voyes de la Justice.
On conte que, de guet à pend
Peu à peu glissant et rampant,
Du bas où tu fais ta retraite
Tu t'estois perchée en un lieu
Duquel Prince ni demidieu
N'aproche la main indiscrette.
Entre deux tertres arrondis
Tu acrochois tes pieds hardis
Au fonds d'une campagne belle,
Et apres mille petits sauts
Et mille cauteleux assauts,
Tu osois poindre une pucelle.
Ainsi que dans un large estang,
A plain gosier tu beus son sang,
Et pour reste de ton audace,
Comme les taons veneneux font,
Tu fis encor d'un pourpre rond
Marqueter et rougir la place.
Pour une telle cruauté,
Puce, tu avois merité
Qu'entre deux presses cristallines
On te fit le ventre crever,
Qui s'estoit osé abreuver
De belles liqueurs nectarines.