Je le fis griller sur des charbons.

Après avoir mangé, j’essayai de me promener; mais je me trouvai si affaibli, que je pouvais à peine porter mon mousquet,—car je ne sortais jamais sans lui.—Aussi je n’allai pas loin, et je m’assis à terre, contemplant la mer qui s’étendait devant moi calme et douce. Tandis que j’étais assis là, il me vint à l’esprit ces pensées:

«Qu’est-ce que la terre et la mer dont j’ai vu tant de régions? d’où cela a-t-il été produit? que suis-je moi-même? que sont toutes les créatures, sauvages ou policées, humaines ou brutes? d’où sortons-nous?

«Sûrement nous avons tous été faits par quelque secrète puissance, qui a formé la terre et l’océan, l’air et les cieux, mais quelle est-elle?»

J’inférai donc naturellement de ces propositions que c’est Dieu qui a créé tout cela.—«Bien! Mais si Dieu a fait toutes ces choses, il les guide et les gouverne toutes, ainsi que tout ce qui les concerne; car l’Être qui a pu engendrer toutes ces choses doit certainement avoir la puissance de les conduire et de les diriger.

«S’il en est ainsi, rien ne peut arriver dans le grand département de ces œuvres sans sa connaissance ou sans son ordre.

«Et si rien ne peut arriver sans qu’il le sache, il sait que je suis ici dans une affreuse condition, et si rien n’arrive sans son ordre, il a ordonné que tout ceci m’advînt.»

Il ne se présenta rien à mon esprit qui pût combattre une seule de ces conclusions; c’est pourquoi je demeurai convaincu que Dieu avait ordonné tout ce qui m’était survenu, et que c’était par sa volonté que j’avais été amené à cette affreuse situation, Dieu seul étant le maître non seulement de mon sort, mais de toutes choses qui se passent dans le monde; et il s’ensuivit immédiatement cette réflexion: