—Mais non pas moi, dit Robin, à moins que vous donniez votre consentement.
—Pour cela, j'y réfléchirai encore, dit la mère; je t'assure que, s'il n'y avait pas bien d'autres objections, la conduite qu'elle a eue m'amènerait fort loin sur le chemin du consentement.
—Je voudrais bien qu'elle vous amenât jusqu'au bout, dit Robin: si vous aviez autant souci de me rendre heureux que de me rendre riche, vous consentiriez bientôt.
—Mais voyons, Robin, dit la mère encore, es-tu réellement sérieux? as-tu vraiment envie de l'avoir?
—Réellement, madame, dit Robin, je trouve dur que vous me questionniez encore sur ce chapitre; je ne dis pas que je l'aurai: comment pourrais-je me résoudre là-dessus puisque vous voyez bien que je ne pourrai l'avoir sans votre consentement? mais je dis ceci, et je suis sérieux, que je ne prendrai personne d'autre, si je me puis aider: «Betty ou personne»,—voilà ma devise! et le choix entre les deux est aux soins de votre cœur, madame, pourvu seulement que mes sœurs ici, qui ont si bon naturel, ne prennent point part au vote.
Tout ceci était affreux pour moi, car la mère commençait à céder, et Robin la serrait de près. D'autre part, elle tint conseil avec son fils aîné, et il usa de tous les arguments du monde pour lui persuader de consentir, alléguant l'amour passionné que son frère me portait, et le généreux respect que j'avais montré pour la famille en refusant mes avantages sur un délicat point d'honneur, et mille choses semblables. Et quant au père, c'était un homme tout tracassé par les affaires publiques, occupé à faire valoir son argent, bien rarement chez lui, fort soucieux de ses affaires, et qui laissait toutes ces choses aux soins de sa femme.
Vous pouvez facilement penser que le secret étant, comme ils croyaient, découvert, il n'était plus si difficile ni si dangereux pour le frère aîné, que personne ne soupçonnait de rien, d'avoir accès plus libre jusqu'à moi; oui, et même sa mère lui proposa de causer avec Mme Betty, ce qui était justement ce qu'il désirait:
—Il se peut, fils, dit-elle, que tu aies plus de clartés en cette affaire que je n'en ai, et tu jugeras si elle a montré la résolution que dit Robin, ou non.
Il ne pouvait rien souhaiter de mieux, et, feignant de céder au désir de sa mère, elle m'amena vers lui dans la propre chambre où elle couchait, me dit que son fils avait affaire avec moi à sa requête, puis nous laissa ensemble, et il ferma la porte sur elle.
Il revint vers moi, me prit dans ses bras et me baisa très tendrement, mais me dit que les choses en étaient venues à leur crise, et que j'avais pouvoir de me rendre heureuse ou infortunée ma vie durant; que si je ne pouvais m'accorder à son désir, nous serions tous deux perdus. Puis il me dit toute l'histoire passée entre Robin, comme il l'appelait, sa mère, ses sœurs et lui-même.