—Cette histoire, comme vous pouvez bien penser, demande une longue explication; ayez donc de la patience et composez votre esprit pour l'entendre jusqu'au bout et je la ferai aussi brève que possible.
Et là-dessus je lui dis ce que je croyais nécessaire au fait même, et, en particulier, comment ma mère était venue à me le découvrir.
—Et maintenant, mon ami, dis-je, vous voyez la raison de mes capitulations et que je n'ai pas été la cause de ce malheur et que je ne pouvais l'être, et que je ne pouvais rien en savoir avant maintenant.
—J'en suis pleinement assuré, dit-il, mais c'est une horrible surprise pour moi; toutefois, je sais un remède qui réparera tout, un remède qui mettra fin à toutes vos difficultés, sans que vous partiez pour l'Angleterre.
—Ce serait étrange, dis-je, comme tout le reste.
—Non, non, ce sera aisé; il n'y a d'autre personne qui gêne en tout ceci que moi-même.
Il avait l'air d'être agité par quelque désordre en prononçant ces paroles; mais je n'en appréhendai rien à cet instant, croyant, comme on dit d'ordinaire, que ceux qui font de telles choses n'en parlent jamais, ou que ceux qui en parlent ne les font point.
Mais la douleur n'était pas venue en lui à son extrémité, et j'observai qu'il devenait pensif et mélancolique et, en un mot, il me sembla que sa tête se troublait un peu. Je m'efforçais de le rappeler à ses esprits par ma conversation en lui exposant une sorte de dessein pour notre conduite, et parfois il se trouvait bien, et me répondait avec assez de courage; mais le malheur pesait trop lourdement sur ses pensées, et il alla jusqu'à attenter par deux fois à sa propre vie; la seconde, il fut sur le point d'étrangler, et si sa mère n'était pas entrée dans la chambre à l'instant même, il fût mort; mais avec l'aide d'un serviteur nègre, elle coupa la corde et le rappela à la vie.
Enfin, grâce à une inlassable importunité, mon mari dont la santé paraissait décliner se laissa persuader; et mon destin me poussant, je trouvai la route libre; et par l'intercession de ma mère, j'obtins une excellente cargaison pour la rapporter en Angleterre.
Quand je me séparai de mon frère (car c'est ainsi que je dois maintenant le nommer), nous convînmes qu'après que je serais arrivée, il feindrait de recevoir la nouvelle que j'étais morte en Angleterre et qu'ainsi il pourrait se remarier quand il voudrait; il s'engagea à correspondre avec moi comme sa sœur, et promit de m'aider et de me soutenir tant que je vivrais; et que s'il mourait avant moi, il laisserait assez de bien pour m'entretenir sous le nom de sa sœur; et sous quelques rapports il fut fidèle à sa parole; mais tout fut si étrangement mené que j'en éprouvai fort sensiblement les déceptions, comme vous saurez bientôt.