Il me vint à la pensée, un matin, d'aller moi-même à la Banque, où j'étais souvent venue recevoir l'intérêt de quelques billets que j'avais, et où j'avais trouvé le clerc, à qui je m'adressais, fort honnête pour moi, et de si bonne foi qu'un jour ou j'avais mal compté mon argent et pris moins que mon dû, comme je m'en allais, il me fit remarquer l'erreur et me donna la différence qu'il eût pu mettre dans sa poche.
J'allai donc le trouver, et lui demandai s'il voulait bien prendre la peine de me donner un conseil, à moi, pauvre veuve sans amis, qui ne savais comment faire. Il me dit que si je désirais son opinion sur quoi que ce fut dans ce qui touchait à ses affaires, il ferait de son mieux pour m'empêcher d'éprouver aucun tort; mais qu'il me recommanderait aussi à une bonne personne sobre de ma connaissance, qui était également clerc dans les mêmes affaires, quoique non dans leur maison, dont le jugement était sain, et de l'honnêteté de qui je pouvais être assurée.
—Car, ajouta-t-il, je répondrai pour lui et pour chaque pas qu'il fera; s'il vous fait tort, madame, d'un fardin, que la faute en soit rejetée sur moi; et il est enchanté de venir en aide à des gens qui sont dans votre situation: il le fait par acte de charité.
Je fus un peu prise de court à ces paroles, mais après un silence, je lui dis que j'eusse préféré me fier à lui, parce que je l'avais reconnu honnête, mais que si cela ne pouvait être, je prendrais sa recommandation, plutôt que celle de qui que ce fût.
—J'ose dire, madame, reprit-il, que vous serez aussi satisfaite de mon ami que de moi-même, et il est parfaitement en état de vous assister, ce que je ne suis point.
Il paraît qu'il avait ses mains pleines des affaires de la Banque et qu'il s'était engagé à ne pas s'occuper d'autres affaires que de celles de son bureau; il ajouta que son ami ne me demanderait rien pour son avis ou son assistance, et ceci, en vérité, m'encouragea.
Il fixa le même soir, après que la Banque serait fermée, pour me faire rencontrer avec son ami. Aussitôt que j'eus vu cet ami et qu'il n'eut fait que commencer à parler de ce qui m'amenait, je fus pleinement persuadée que j'avais affaire à un très honnête homme; son visage le disait clairement, et sa renommée, comme je l'appris plus tard, était partout si bonne, que je n'avais plus de cause d'entretenir des doutes.
Après la première entrevue, où je dis seulement ce que j'avais dit auparavant, il m'appointa à venir le jour suivant, me disant que cependant je pourrais me satisfaire sur son compte par enquête, ce que toutefois je ne savais comment faire, n'ayant moi-même aucune connaissance.
En effet, je vins le trouver le lendemain, que j'entrai plus librement avec lui dans mon cas; je lui exposai amplement ma condition: que j'étais une veuve venue d'Amérique complètement esseulée et sans amis, que j'avais un peu d'argent, mais bien peu, et que j'étais près d'être forcenée de crainte de le perdre, n'ayant point d'ami au monde à qui en confier le soin; que j'allais dans le nord de l'Angleterre pour y vivre à bon compte, et ne pas gaspiller mon capital; que, bien volontiers je placerais mon argent à la Banque, mais que je n'osais me risquer à porter les billets sur moi; et comment correspondre là-dessus, ou avec qui, voilà ce que je ne savais point.
Il me dit que je pourrais placer mon argent à la Banque, en compte, et que l'entrée qu'on en ferait sur les livres me donnerait droit de le retirer quand il me plairait; que, lorsque je serais dans le Nord, je pourrais tirer des billets sur le caissier, et en recevoir le montant à volonté; mais qu'alors on le considérerait comme de l'argent qui roule, et qu'on ne me donnerait point d'intérêt dessus; que je pouvais aussi acheter des actions, qu'on me conserverait en dépôt; mais qu'alors, si je désirais en disposer, il me faudrait venir en ville pour opérer le transfert, et que ce serait même avec quelque difficulté que je toucherai le dividende semestriel, à moins de venir le recevoir en personne, ou d'avoir quelque ami à qui je pusse me fier, et au nom de qui fussent les actions, afin qu'il pût agir pour moi, et que nous rencontrions alors la même difficulté qu'avant, et là-dessus il me regarda fixement et sourit un peu.