Le 25.—Tout le jour et toute la nuit il tomba une pluie accompagnée de rafale; durant ce temps le navire se brisa, et le vent ayant soufflé plus violemment encore, il disparut, et je ne pus appercevoir ses débris qu'à mer étale seulement. Je passai ce jour-là à mettre à l'abri les effets que j'avais sauvés, de crainte qu'ils ne s'endommageassent à la pluie.
Le 26.—Je parcourus le rivage presque tout le jour, pour trouver une place où je pusse fixer mon habitation; j'étais fort inquiet de me mettre à couvert, pendant la nuit, des attaques des hommes et des bêtes sauvages. Vers le soir je m'établis en un lieu convenable, au pied d'un rocher, et je traçai un demi-cercle pour mon campement, que je résolus d'entourer de fortifications composées d'une double palissade fourrée de câbles et renformie de gazon.
Du 26 au 30.—Je travaillai rudement à transporter touts mes bagages dans ma nouvelle habitation, quoiqu'il plut excessivement fort une partie de ce temps-là.
Le 31.—Dans la matinée je sortis avec mon fusil pour chercher quelque nourriture et reconnaître le pays; je tuai une chèvre, dont le chevreau me suivit jusque chez moi; mais, dans la suite, comme il refusait de manger, je le tuai aussi.
NOVEMBRE
Le 1er.—Je dressai ma tente au pied du rocher, et j'y couchai pour la première nuit. Je l'avais faite aussi grande que possible avec des piquets que j'y avais plantés, et auxquels j'avais suspendu mon hamac.
Le 2.—J'entassai tout mes coffres, toutes mes planches et tout le bois de construction dont j'avais fait mon radeau, et m'en formai un rempart autour de moi, un peu en dedans de la ligne que j'avais tracée pour mes fortifications.
Le 3.—Je sortis avec mon fusil et je tuai deux oiseaux semblables à des canards, qui furent un excellent manger. Dans l'après-midi je me mis à l'œuvre pour faire une table.
Le 4.—Je commençai à régler mon temps de travail et de sortie, mon temps de repos et de récréation, et suivant cette règle que je continuai d'observer, le matin, s'il ne pleuvait pas; je sortais avec mon fusil pour deux ou trois heures; je travaillais ensuite jusqu'à onze heures environ, puis je mangeais ce que je pouvais avoir; de midi à deux heures je me couchais pour dormir, à cause de la chaleur accablante; et dans la soirée, je me remettais à l'ouvrage. Tout mon temps de travail de ce jour-là et du suivant fut employé à me faire une table; car je n'étais alors qu'un triste ouvrier; mais bientôt après le temps et la nécessité firent de moi un parfait artisan, comme ils l'auraient fait je pense, de tout autre.
Le 5.—Je sortis avec mon fusil et mon chien, et je tuai un chat sauvage; sa peau était assez douce, mais sa chair ne valait rien. J'écorchais chaque animal que je tuais, et j'en conservais la peau. En revenant le long du rivage je vis plusieurs espèces d'oiseaux de mer qui m'étaient inconnus; mais je fus étonné et presque effrayé par deux ou trois veaux marins, qui, tandis que je les fixais du regard, ne sachant pas trop ce qu'ils étaient, se culbutèrent dans l'eau et m'échappèrent pour cette fois.