La façon de ce dernier ustensile me présenta moins de difficulté que celle de la pelle; néanmoins l'une et l'autre, et la malheureuse tentative que je fis de construire une brouette, ne me prirent pas moins de quatre journées, en exceptant toujours le temps de ma promenade du matin avec mon fusil; je la manquais rarement, et rarement aussi manquais-je d'en rapporter quelque chose à manger.

Le 23.—Mon autre travail ayant été interrompu pour la fabrication de ces outils, dès qu'ils furent achevés je le repris, et, tout en faisant ce que le temps et mes forces me permettaient, je passai dix-huit jours entiers à élargir et à creuser ma grotte, afin qu'elle pût loger mes meubles plus commodément.

LE SAC AUX GRAINS

Durant tout ce temps je travaillai à faire cette chambre ou cette grotte assez spacieuse pour me servir d'entrepôt, de magasin, de cuisine, de salle à manger et de cellier. Quant à mon logement, je me tenais dans ma tente, hormis quelques jours de la saison humide de l'année, où il pleuvait si fort que je ne pouvais y être à l'abri; ce qui m'obligea, plus tard, à couvrir tout mon enclos de longues perches en forme de chevrons, buttant contre le rocher, et à les charger de glaïeuls et de grandes feuilles d'arbres, en guise de chaume.

DÉCEMBRE

Le 10.—Je commençais alors à regarder ma grotte ou ma voûte comme terminée, lorsque tout-à-coup,—sans doute je l'avais faite trop vaste,—une grande quantité de terre éboula du haut de l'un des côtés; j'en fus, en un mot, très-épouvanté, et non pas sans raison; car, si je m'étais trouvé dessous, je n'aurais jamais eu besoin d'un fossoyeur. Pour réparer cet accident j'eus énormément de besogne; il fallut emporter la terre qui s'était détachée; et, ce qui était encore plus important, il fallut étançonner la voûte, afin que je pusse être bien sûr qu'il ne s'écroulerait plus rien.

Le 11.—Conséquemment je travaillai à cela, et je plaçai deux étaies ou poteaux posés à plomb sous le ciel de la grotte, avec deux morceaux de planche mis en croix sur chacun. Je terminai cet ouvrage le lendemain; puis, ajoutant encore des étaies garnies de couches, au bout d'une semaine environ j'eus mon plafond assuré; et, comme ces poteaux étaient placés en rang, ils me servirent de cloisons pour distribuer mon logis.

Le 17.—À partir de ce jour jusqu'au vingtième, je posai des tablettes et je fichai des clous sur les poteaux pour suspendre tout ce qui pouvait s'accrocher; je commençai, dès lors, à avoir mon intérieur en assez bon ordre.

Le 20.—Je portai tout mon bataclan dans ma grotte; je me mis à meubler ma maison, et j'assemblai quelques bouts de planche en manière de table de cuisine, pour apprêter mes viandes dessus; mais les planches commençaient à devenir fort rares par-devers moi; aussi ne fis-je plus aucune autre table.

Le 24.—Beaucoup de pluie toute la nuit et tout le jour; je ne sortis pas.